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La Tijaniyya et ses ramifications en Afrique (5)

On peut dire que le Cheikh Ahmad at-Tijâni avait œuvré à la diffusion de la confrérie au pays de Chenqît et au Sahara grâce à son disciple Mohammad al-Hafid al-Alaoui

Dynamique de diffusion de la confrérie

Ahmad at-Tijâni avait fait de sa personne l’incarnation idéale et absolue de l’amitié fraternelle et de l’inspiration divine. Il veillait aussi à la protection des disciples. Il faut rappeler qu’il n’avait assumé ce rôle que tardivement, après que ses premiers disciples lui en avaient préparé le climat propice. L’une des expressions les plus importantes de ce nouveau rôle que le cheikh commençait à tenir, s’est manifesté dans sa décision de retirer à Ibn al-Muchri sa qualité d’imam. Ces faits clarifient de manière tangible la raison non déclarée du départ d’Ibn al-Muchri de Fès, son séjour provisoire à Laghouat et son installation à Ain Madi jusqu’à sa mort. Cela veut dire qu’Ahmad at-Tijâni avait œuvré pour éloigner les disciples ou les compagnons accomplis (en étape de proximité) , de la ville de Fès. C’était une tradition suivie par les différents cheikhs soufis afin de préserver l’unité intérieure de la confrérie, d’une part, et d’autre part, de permettre aux disciples ambitieux de trouver un espace d’épanouissement, ou peut-être afin de les inciter à diffuser la confrérie tijanie en des lieux éloignés. Comme cela s’était produit à travers le modèle du rôle joué par le tijani marocain Mohammad Ghâli.

Mohammad al-Ghâli est tenu pour l’un des disciples tijânis les plus enclins à la controverse. Il fut contraint au voyage vers le Hijâz et de s’y installer. Skirej note, dans l’ouvrage Kachf al-hijâb, citant le livre ar-Rimmâh, Les lances, de El Hajj ‘Umar, que Mohammad al-Ghâli avait demandé à Ahmad at-Tijâni s’il jouissait de toutes ses facultés mentales et religieuses quand il l’avait entendu parler de la supériorité de son rang par rapport à tous les cheikhs. Ensuite, al-Ghâli questionna Ahmad at-Tijâni sur l’attitude qu’il aurait prise si un autre cheikh avait exprimé une position identique. Ahmad at-Tijâni lui répondit que cela n’était pas possible. Mais al-Ghâli lui répondit une deuxième fois et d’une manière indirecte, que tout est assujetti à la volonté de Dieu et que rien ne peut s’oppose à sa volonté. L’accès d’Ahmad at-Tijâni à ce rang spirituel est ce qui lui avait permis par la suite de dire que la miséricorde d’Allah était illimitée, sauf pour celui qui nuit à la prophétie. De manière générale, nous avons exposé la signification de ces propos, cités dans l’ouvrage Kachf al-hijâb, dans l’objectif de confirmer la stupeur de Mohammad al-Ghâli et Harâzem Barrâda devant les déclarations de leur cheikh; ce qui mérite de susciter notre intérêt. Surtout que Mohammad al-Ghâli n’avait pas pris en compte le statut de sceau des saints, déclaré par Ahmad at-Tijâni. Abdelkrim al-Attâr raconte, dans ses chroniques sur son installation au Hijâz et à propos de l’adhésion de ‘Umar : « Notre cheikh sidi Mohammad al-Ghâli avait dit à notre cheikh Haj ‘Umar, qu’il était venu aux Lieux Saints et s’y était établi pour plusieurs raisons, dont celle de guetter l’apparition du Mahdi. Allah l’avait distingué pour autoriser cet imam (El Hajj ‘Umar) à transmettre la tarîqa tijanie ». Le pèlerinage de El Hajj ‘Umar aux Lieux Saints est une tradition ancienne des élites politiques et religieuses qui partaient en voyage dans le but d’accomplir les rites du pèlerinage comme signalé dans les ouvrages d’histoire et de récits de voyages. Comme nous allons le voir, la Tijâniyya mettra à profit les routes du commerce et du pèlerinage pour se propager en direction de l’Est et du Sud, comme ce fut le cas pour le diffuseur de la Tijâniyya au pays de Chenqît, Mohammad al-Hâfid al-Alaoui (mort en 1253/1838) qui avait choisi de voyager dans les convois de Sijilmassa pour effectuer le pèlerinage aux Lieux Saints.

Cet imam ne sera autre que El Hajj ‘Umar lui-même, qu’al-Ghâli avait guidé vers la tariqa tijâniyya, après en avoir reçu l’ordre du Cheikh qu’il avait vu en rêve. Cela a contribué à la diffusion de la Tijâniyya  d’une manière fulgurante en Afrique subsaharienne et à la constitution du plus grand empire musulman, conséquence imparable du jihad de El Hajj ‘Umar et ses partisans.

Tout cela confirme que le fondateur de la zawiya tijâniya était parvenu à transformer les tensions et compétitions internes, intervenues entre 1208-1213 h/1794-1799, en une dynamique à travers laquelle furent réalisés succès et diffusion de la Tijaniyya.

Ainsi, on peut dire que le Cheikh Ahmad at-Tijâni avait œuvré à la diffusion de la confrérie au pays de Chenqît et au Sahara grâce à son disciple Mohammad al-Hafid al-Alaoui. L’un de ses disciples, Mohammad al-Ghâli avait, quant à lui, œuvé à sa diffusion à partir du pèlerinage par le biais du recrutement du Haj ‘Umar al-Fûti as-Soudâni qui adhérait auparavant à la confrérie Khalwatiyya.

A suivre

Jillali El AdnaniProfesseur à l’Université Mohamed V de Rabat

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