Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (12)
Le Roi Mohammed V a nommé dès son retour de l’exil Docteur Léo Benzaquen en qualité de ministre des PTT et deviendra le premier marocain juif qui occupera une fonction gouvernementale.
La liberté du culte israélite
Installés au Maroc depuis le IIIème siècle avant Jésus christ, la communauté juive ne s’était confrontée à aucune entrave de la part des Souverains du Maroc, ni ressenti une quelconque hostilité de la part de la population. Dans la période précoloniale, les juifs étaient considérés comme un élément hors société politique. Ils étaient soumis au statut de « protégés », des dhimmis qui les plaçait dans une situation d’infériorité mais également de stabilité et de légalité puisqu’ils bénéficiaient de la protection
du souverain contre paiement d’un impôt spécifique : La jizya.
Ces pratiques tombèrent en désuétude au XIXème siècle. Le statut de dhimmi avait inversement l’avantage d’appuyer les droits reconnus aux dhimmis par le droit musulman lui-même.35Les
juifs disposaient d’une totale liberté de s’organiser autour de la pratique du culte et de la bienfaisance. 36
L’indépendance de la communauté juive était limitée par l’existence d’un personnage appelé cheikh Al yahoud qui était l’organe d’exécution des décisions du sultan auprès des Israélites37 Avec l’avènement du protectorat, la communauté juive habituée à dépendre de la protection du makhzen, voit le véritable pouvoir se déplacer vers la résidence générale. A l’échelon local, celui-ci n’est plus incarné par le pacha si ce n’est pour la justice correctionnelle, mais plutôt par les contrôleurs civils et officiers des affaires indigènes. Au niveau central, l’inspection des institutions israélites, 38section de la direction des affaires chérifiennes, coiffe les comités des communautés israélites qui ont succédé aux anciens maamad.39
Le Dahir du 22 mai 1918, vint mettre un terme à l’autonomie interne des communautés juives. Les comités organisés par le Dahir ont désormais des attributions limitées à l’administration du culte, l’assistance aux indigents juifs, et la gestion des biens heqdech. Malgré cette limitation, le dahir a permis aux communautés juives d’accéder à une existence légale et à la personnalité civile.40
En 1945, un dahir du 7 mai élargit les compétences des comités en leur attribuant de « veiller à l’administration du culte, d’émettre des avis motivés et présenter des suggestions sur toutes les questions intéressant leur communauté». L’évolution du statut des communautés israélites a été couronnée par le
dahir du 27 mai 1945 créant le conseil des communautés destiné à coordonner l’activité des communautés à l’échelle centrale41
L’indépendance a marqué la véritable émancipation du judaïsme marocain. Feu Sa Majesté le Roi Mohammed V l’a affirmé dès son retour de l’exil : l’égalité des citoyens musulmans et juifs est une évidence illustrée par la nomination d’un juif (Docteur Benzaquen) en qualité de ministre. La loi du
18 septembre 1958 sur la nationalité a conforté cette tendance égalitaire en disposant que la nationalité marocaine se transmet par la filiation paternelle (père musulman ou israélite).
Il faut dire que l’Etat marocain musulman a aménagé pour la minorité juive un espace judiciaire et institutionnel qui lui garantit la plénitude de sa citoyenneté et de sa spécificité religieuse. Ceci apparaît d’une manière évidente au niveau de la direction et de l’administration du culte hébraïque au Maroc.
35- Simon Levy, Essais…, op cit p 35.
36- Abdellah Adyel, op cit p 73
37- Idem p75
38- Le poste d’inspecteur des institutions israélites a été crée en vertu d’un arrêt viziriel en date du 27 juin 1919
39- Maamad est un conseil composé de sept notables auxquels s’ajoutent trois rabbins. Il est l’organe de gestion communautaire.
40- Abdellah Adyel, le régime des cultes.., op cit, p76
A suivre
Mohammed Jelmad



