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Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (14)

La société musulmane est parvenue depuis déjà quelques siècles au terrne de sa civilisation. Elle est aujourd’hui de nouveau au stade de pré-civilisation.
Depuis un siècle environ, elle essaye de se remettre en mouvement. Mais son  »décollage  » semble se faire difficilement par comparaison à une société  » contemporaine  » comme le Japon ou d’une société beaucoup plus tardive comme la Chine Populaire.
Ses difficultés ont été interprétées de deux manières différentes:

Pour les tenants de la thèse colonialiste, le facteur du retard du décollage, c’est l’Islam. Pour ceux de la thèse nationaliste: c’est le colonialisme. En chacune, il y a un vice fondamental dont l’origine est fort équivoque.

Les premiers, en mettant tout sur le dos de l’Islam, veulent faire oublier que le colonialisme est responsable pour une grande part du chaos actuel du monde musulman.
Les seconds, en mettant tout sur le dos du colonialisme, veulent faire oublier leur démagogie qui n’ôte rien de l’acuité du problème mais au contraire l’augmente.
Les uns font fi de la réalité historique en feignant d’ignorer le rôle de l’Islam dans une des plus belles civilisations de l’humanité .
Les autres ignorent ou feignent d’ignorer que ce sont précisément les pays, comme le Yémen, qui n’ont pas fait face au défi colonialiste qui sont les plus arriérés.
Il faut se pencher sur le problème sans parti-pris qui ne sert à rien, surtout de la part du musulman qui essaye de comprendre les origines sociologiques du chaos actuel du monde musulman.

Dans le chapitre suivant on verra que toute société est obligée de faire face à des tendances au déséquilibre. Ceci est inhérent à tout développement historique.
A l’heure actuelle, la société musulmane en souffre plus particulièrement parce que sa  »renaissance » n’a pas été planifiée ou pensée en tenant compte des facteurs de dispersion et de freinage.
Ses intellectuels n’ont pas construit un appareil d’analyse et de critique sauf dans le sens d’une apologétique destinée à mettre en valeur l’Islam.
Et ses dirigeants politiques n’ont pas cru à la nécessité d’un tel appareil pour contrôler la marche des affaires dans leurs pays.
Son action historique, depuis un siècle, s’est trouvée élaborée en dehors des critères d’efficacité et éxécutée dans l’anarchie des idées.
Si bien que cette action s’est trouvée en but à des difficultés, à des pertes de temps, à des gaspillages de moyens, à des déviations qui résultent de l’incohérence des idées et du despotisme des choses ou des personnes.
On a abordé le premier aspect, l’incohérence de l’universidées, plus haut et on y reviendra encore puisque c’est la clef de voûte de cette étude.
Ce chapitre est consacré plus particulièrement aux deux autres aspects dans l’étape actuelle du monde musulman.

A suivre

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