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Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (3)

L’individu isolé ne peut survivre dans sa solitude qu’en refaisant pour son compte et dans un laps de temps forcément réduit l’expérience millénaire par laquelle la société s’est adaptée à son milieu.

1/ L’ENFANT ET LES IDÉES

L’individu isolé ne peut survivre dans sa solitude qu’en refaisant pour son compte et dans un laps de temps forcément réduit l’expérience millénaire par laquelle la société s’est adaptée à son milieu. (1)
Son aventure commence ou bien à partir d’une table rase d’idées, comme Hayy Ibn Yaqdhan ou bien à partir d’une table rase de moyens, (des choses) s’il a emporté, avec lui, son univers-idées comme ROBINSON Crusoé avant le naufrage.
Mais quel que soit son degré de dénuement et le type de culture qu’il représente, son activité, pour assurer sa survie, répondra toujours à des processus psycho-somatiques dont le schéma se retrouve dans toute foreme d’activité humaine. ·
Dans sa formee la plus simple cette activité peut être représentée par l’action d’un artisan penché sur son ouvrage, un ciseau à la main, par un laboureur courbé sur sa charrue, par un soldat airmé de son fusil.
Dans tous ces cas, l’action – artisanale, agraire ou guerrière -s’accomplit à partir de deux te11nes visibles: l’homme et son outil.
En réalité, ces deux terrmes masquent une réalité plus complexe; car l’action ne s’accomplira effectivement que dans les conditions qui répondent nécessairement à un  » comment  » et à un  »pourquoi ».

On n’agit pas n’importe comment, sous peine de rendre une tâche impossible. On n’agit pas sans raisons, sous peine d’entreprendre une tâche absurde.
L’action ne peut donc se déterrniner en dehors d’un schéma qu’implique, en même temps que ses termes visibles, un élément idéal représentant ses motivations et ses modalités opératoires et qui résume tout le progrès social et technologique d’une société en la différenciant d’une autre.
Comme facteur de différenciation au niveau de l’espèce, l’élément idéal inspire à Marx cette pittoresque réflexion:  »Ce qui d’emblée, écrit-il, distingue le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche et Je travail aboutit à un résultat qui pré-existe idéalement dans l’imagination du travailleur
Les facteurs d’action appartiennent donc, en dernière analyse, à trois catégories : celle des choses, celle des personnes, celle des idées.
Tous les caractères sociaux, économiques et politiques d’une action sont nécessairement inscrits dans son réseau particulier tissé par ses trois catégories sur le canevas général de toute action.
Ce réseau est simple dans le cas de l’individu isolé. Il est nécessairement simple soit par manque de moyens (choses) dans le cas de Robinson Crusoé, soit par manque d’idées dans le cas de Hayy lbn Yaqdhan.
Mais à mesure que l’individu s’insère dans une société qui a procédé à la division du travail, l’élément idéal prend de plus en plus d’importance dans son action qui, pour s’insérer dans une action collective, doit se spécialiser, respecter des règles,observer des normes.


(1) Si l’enfant est isolé à sa naissance, sa réadaptation à la vie sociale devient improbable ou même impossible. On tombe dans le cas de  »l’enfant sauvage » étudié par certains sociologues comme Watson. C’est dire que la thèse de Hayy Ibn Yaqdhan est une pure vue de l’esprit

A suivre

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