Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (20)

Depuis sa création, la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains a contribué à l’unification des actions des oulémas du Maroc et des autres Etats africains au service de l’Islam, particulièrement par la connaissance et la diffusion des valeurs de tolérance de cette religion et par l’encouragement des recherches et des études en matière de pensée et de culture islamiques.
C’est dans ce cadre d’ouverture et de promotion des valeurs de tolérance de la religion musulmane que la Fondation Mohammed VI des Oulema Africains -Section Côte d’Ivoire-, et le Conseil Supérieur Islamique des Mosquées et des Affaires Islamiques (COSIM) ont organisé à Abidjan les 23-24-25 février 2022, le Colloque International du Dialogue Inter-religieux, sous le thème : « Le Message Éternel des Religions ».
La sérénité des visages des participants au colloque et la sincérité de la parole des intervenants- parmi les chercheurs et les experts de tous les horizons africains de confession musulmane et chrétienne- ont constitué une illustration de bonne foi, et une traduction pratique de la vision africaine de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Commandeur des Croyants, et Président de la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains –que Dieu le préserve- qui a toujours porté l’étendard du dialogue interreligieux comme réponse intelligente de toutes les confessions au conflit et à la violence, et comme stratégie appropriée en faveur de la promotion de la paix à travers la connaissance de l’autre.
Le colloque nous a rappelé la conviction Royale que « les trois religions abrahamiques n’existent pas pour se tolérer par résignation fataliste ou acceptance altière; Elles existent pour s’ouvrir l’une à l’autre et pour se connaitre dans un concours vaillant à se faire du bien l’une à l’autre ».
C’est en ces termes clairs et explicites que Sa Majesté le Roi, Mohammed VI- que Dieu l’assiste- a définit les relations entre les religions monothéistes dans son discours historique prononcé dans l’esplanade du mausolée Mohammed V à l’occasion de la visite de sa Sainteté le Pape François au Maroc en 2019.
Depuis, le chemin était tracé et le discours Royal est devenu une feuille de route qui indique la voie de la lumière, du savoir, et de la sagesse qui mérite une adhésion totale et un investissement profond de la part de tous les croyants musulmans qu’ils soient, chrétiens ou juifs.
Un heureux concours de circonstance a fait que les travaux du colloque ont coïncidé avec l’organisation de la deuxième édition de la « wadzifa internationale » de la Tariqa Tijaniya du 25 au 27 février 2022 en Côte d’Ivoire. Khalifes et adeptes de la confrérie n’ont pas hésité à adhérer à la déclaration d’Abidjan, tout en exprimant- dans une motion spéciale de leur propre déclaration- leur reconnaissance et leur gratitude à Sa
Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine- que Dieu le préserve- pour son attachement à la restauration de l’amour, de la paix et à l’épanouissement d’un Islam du juste milieu.
C’est toute la méthode d’Al-Jonaid qui est mise en valeur, c’est-à-dire le soufisme de la guidance, de la bonne oeuvre et du comportement éthique. C’est ce qui est appelé le soufisme pratique.
Cette reconnaissance de la valeur et du rayonnement du soufisme marocain sunnite, qui est ancrée dans la tradition prophétique selon la doctrine malékite et suivant le dogme achaarite et la méthode d’Al Jonaid, est d’autant plus solennelle qu’il est établi que les assises et les rassemblements soufis ont toujours relié le Royaume du Maroc et l’Afrique.
Selon Monsieur Rawane MBAYE, professeur à l’Université Cheikh Diop à Dakar les sources historiques rapportent que la région de
Chenguit(en Mauritanie) a joué le rôle de passerelle pour le déplacement des écoles soufies marocaines, depuis le Maroc vers l’Afrique, à travers le Sénégal, et qui sont la Qâdiriya, la Bokâ’iyya, la Fadiliyya, la Chadiliya et la Tijaniyya la plus récente des confréries qui a prévalu dans le pays Chenguiti, mais qui s’affirme comme la confrérie soufie la plus importante d’Afrique de l’Ouest. L’étude de la Tariqa Tijaniyya et l’analyse de son épanouissement au Maroc et son rayonnement en Afrique permet de mettre en valeur l’importance du soufisme marocain dans la diffusion et l’enracinement des valeurs de la tolérance, de la coexistence pacifique en Afrique ainsi que sa contribution au raffermissement des liens spirituels et éthiques entre le Royaume du Maroc et les autres pays d’Afrique. Il s’agit d’un héritage éducatif et spirituel qui a participé à l’implantation des valeurs de paix, de modération au profit de la foi, et de la tranquillité. D’ailleurs, le Maroc, à travers l’histoire, a toujours tenu à garantir la sécurité et l’appui des tariqas soufies en Afrique en préservant le lien spirituel qui relie les populations africaines à l’institution de la Commanderie des Croyants, pilier de l’unité confessionnelle et véritable rempart contre l’extrémisme et les tendances obscurantistes.
L’objectif du colloque était double:
D’abord la consécration de la pérennité du Message Éternel de Paix des Religions envers la société ivoirienne, africaine et l’humanité tout entière.
Ensuite l’adoption entre les parties participantes d’une Charte de Paix [La Charte d’Abidjan].
Les organisateurs ont souligné -dans le texte de présentation- que d’emblée, ce thème est en soi une proposition agissante pour contribuer et participer à la concrétisation du dialogue inter-religieux entre les différentes confessions; et que le colloque était mu par une démarche hautement symbolique qui consacre les vertus exceptionnelles de ce mot magique de Dialogue. Et d’ajouter que « de tout temps, les religions et civilisations se sont développées et enrichies à la faveur du dialogue et de l’échange, gagnant ainsi au contact avec les autres cultures, l’acquisition de nouveaux savoirs et d’une nouvelle compréhension du monde, nécessitant la coexistence dans la paix. Le Dialogue Inter-religieux doit sous-tendre la réponse collective de toutes les confessions au conflit et à la violence, souvent inspirés par l’intolérance et l’intransigeance.
Le maître mot de Dialogue est choisi parce qu’il est la meilleure parade contre les pires ennemis de l’humanité. Naturellement, le dialogue ne se fonde pas sur la prémisse que toutes les confessions sont toutes, toujours d’accord sur tout, mais plutôt sur la considération qu’elles ont toutes un profond respect pour la diversité des cultures et pour les croyances qui reflètent cette diversité. Le postulat qu’une seule religion détient la vérité ou qu’il existe un seul remède aux maux de notre société ou encore qu’une solution unique aux problèmes de l’humanité, a fait beaucoup de tort tout au long de l’Histoire. Nous n’avons pas besoin de regarder au-delà de nos horizons pour constater ce fait incontestable et incontournable qu’il existe diverses visions du monde, diverses convictions et diverses cultures. C’est par
le dialogue que s’accomplissent les convictions à partager.
C’est par le dialogue que l’on s’accorde sur le meilleur, afin de concrétiser le bien commun. Nous partageons des valeurs fondamentales, car nous sommes issus d’un même Humanisme et d’un même Héritage Spirituel dont le dialogue constant sait pérenniser la vitalité.
Nos différentes traditions spirituelles puisent aux mêmes sources divines. Ce qui les rapproche est infiniment plus important que ce qui les sépare. C’est en faisant mieux connaître nos points communs, nos origines communes, que nous pouvons reconnaître et accepter nos différences et nos divergences.
Nous vivons une communauté d’histoire, qui, depuis toujours, a témoigné d’un enrichissement mutuel. Le dialogue est la voie idoine pour consolider cet enrichissement.

Nos cultures religieuses africaines partagent le même fondement éthique d’incitation à la rencontre, à l’échange et au respect d’autrui. La tolérance, qui signifie un vrai respect, une pleine acceptation de l’Autre, est pour toutes les traditions une vertu essentielle. Face aux grands bouleversements du monde d’aujourd’hui, que peuvent-nous apprendre les visions traditionnelles des religions sur le Message Éternel qu’elles ont su lier à l’histoire humaine ? Comment peuvent-elles éclairer la nature singulière de l’époque contemporaine qui voit la nécessité du rapprochement de toutes les civilisations et traditions spirituelles ?
Le Dialogue Inter-religieux est un élément important pour rapprocher les différentes confessions et éliminer les sources de tout conflit. Il est un sujet d’une extrême importance, dans un monde en pleine recomposition, où mondialisation et globalisation ont succédé aux repères souvent commodes de la bipolarisation. Il faut souligner que toutes les religions ont démontré, par des pas décisifs inéluctables, l’essence même du Message Éternel qu’elles ont voulu toujours véhiculer de manière constructive par le Dialogue.
Les traditions religieuses, de par leur Message Intemporel Universel, ont posé les bases d’un dialogue qui s’adresse à toutes les composantes humaines. La Parole Divine, révélée aux hommes, respecte les spécificités de chacun. Elle appelle à la reconnaissance mutuelle qui oeuvre par la sagesse et la douceur, mettant en avant l’amour du croyant pour toutes les créatures. La parole divine est riche d’exhortation au bon comportement envers toutes les créatures de l’univers.
C’était à vrai dire, la finalité même des « Prophéties » et des « Révélations ». Le Dialogue Inter-religieux, est aussi pour nous la Sagesse. Une Sagesse profitable pour les êtres signifie la reconnaissance authentique de l’Autre, en mettant en exergue le bien commun. Pour cela, il n’est pas inutile de rappeler, que le Conseil Supérieur Islamique des Mosquées et des Affaires Islamiques (COSIM) et la Fondation Mohammed VI des Oulema Africains, ont toujours prôné la tolérance comme tradition d’ouverture. Ils ont toujours oeuvré pour le dialogue, la solidarité et surtout le travail dans l’amitié avec les autres confessions:
Un travail assidu et sans relâche à accomplir pour que tous les fléaux de la haine et des souffrances ne viennent pas détruire nos espoirs et notre espérance en l’Avenir; pour que nos enfants et les nouvelles générations, puissent vivre dans un monde sain, un monde de paix et de fraternité ».
A la fin des travaux de ce colloque international, les participants ont adopté une déclaration de paix, dite «Déclaration d’Abidjan » par laquelle ils s’engagent à veiller à ce que le dialogue, propice au vivre ensemble entre toutes les religions, soit instauré d’une manière durable, dans le respect de la loi, de tous les dogmes religieux, ainsi que la liberté d’exercice du culte et de conscience.
A suivre
Mohammed Jelmad



