Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (11)

L’ouverture du Royaume sur les autres religions monothéistes ne répond pas à de simples considérations de conjoncture. Il s’agit plutôt d’une conviction ancrée dans l’histoire du pays et propre à l’essence de la religion musulmane dont les préceptes coraniques et les enseignements prophétiques valorisent les principes de la tolérance et du vivre ensemble.
Cette réalité a été rappelée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI-que Dieu l’assiste- dans son discours royal prononcé à l’occasion de la visite de Sa Sainteté le Pape François au Maroc.
Sa Majesté a affirmé que « le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham, pilier fondateur de la très riche diversité de la
civilisation marocaine. L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent. Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume ».
Ces lieux de cultes constituent le symbole édifiant de la convivance des musulmans, des juifs et des chrétiens en terre d’Islam.
D’ailleurs, la constitution du Royaume lève toute équivoque au sujet de la garantie de la liberté des cultes. D’abord en soulignant dans son préambule que « la prééminence accordée à la religion musulmane dans ce référentiel national va de pair avec l’attachement du peuple marocain aux valeurs d’ouverture, de modération, de tolérance et de dialogue pour la compréhension mutuelle entre toutes les cultures et les civilisations du monde. Ensuite, en disposant dans son article 3 que « L’Islam est la religion de l’Etat, qui garantit à tous le libre exercice des cultes ». Et enfin en faisant dans son article 41 du Roi, Amir Al Mouminine, le garant du libre exercice des cultes.
Sa Majesté a déclaré à ce sujet que « Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons Garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants. En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans.
Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».
En effet, le Maroc est un Etat musulman où la consécration de la prééminence de l’Islam ne signifie nullement l’exclusion des autres religions monothéistes que sont le christianisme et le judaïsme. On peut dire que le régime des cultes au Maroc est le fruit d’une lente élaboration construite sur la base du droit musulman, des tractations diplomatiques, des exigences de l’ordre public et des principes généraux auxquels se réfèrent les lois des Etats modernes33
L’attachement à l’Islam se manifeste par les pratiques des devoirs religieux, le respect des prescriptions de la Chari’ã et par la place occupée par les manifestations religieuses dans la société marocaine. Celle-ci a toujours connu la cohabitation de la communauté musulmane avec une communauté juive et une communauté chrétienne.
La communauté juive, certes amputée par l’immigration, a de tout temps bénéficié de l’intégralité des droits du citoyen et ce dans l’acceptation de ses particularités religieuses et culturelles. Les juifs témoignent un attachement traditionnel et profond à la dynastie Alaouite dont les Souverains, bien avant le protectorat, avaient amélioré le statut dans la cité Islamique34
Quant à la communauté chrétienne, elle a essentiellement profité du régime des capitulations. En raison des particularités d’organisation du culte chrétien, les rapports entre l’Etat marocain et l’église ont pris un caractère officiel dès les premières années du protectorat sous le signe des principes de
tolérance de l’Islam, et des conventions diplomatiques liant le Maroc dans ce domaine.
Le rapport annuel sur la liberté religieuse au Maroc, publié par le département Américain le 10 juin 2020 reconnait que ni les juifs marocains ni les résidents étrangers d’autres religions n’ont à se plaindre de leur statut au Maroc. Une conclusion qui n’est pas sans rappeler celle du rapport de 2013, qui reconnaissait que le Maroc continue de respecter le droit de la majorité des citoyens de pratiquer leur religion.
Ce respect pour tous les cultes au Maroc se matérialise, au niveau des lois et de la nouvelle constitution qui stipule que l’islam est la religion officielle de l’Etat et que le Roi est le commandeur des croyants et le garant du libre exercice des cultes. Le rapport loue la tolérance envers les juifs et les chrétiens au Maroc qui peuvent pratiquer leur culte en toute liberté et sans aucunes restrictions en expliquant que les juifs marocains pratiquent ouvertement leur foi et vivent en sécurité à travers le pays.
Les musulmans étudient dans les écoles chrétiennes et juives et les étudiants musulmans constituent la majorité dans les écoles juives à Casablanca, et un hôpital géré par la communauté juive procure les soins aux citoyens nécessiteux quelle que soit leur religion.
Il évoque également le fait que le patrimoine culturel, artistique, scientifique et littéraire juif est enseigné dans certaines universités marocaines, citant à titre d’exemple l’enseignement de l’hébreu et des études religieuses comparatives au département des études islamiques de l’Université de Rabat. De même, les membres de la communauté juive sont représentés à des hauts niveaux de responsabilité.
Le rapport relève que les chrétiens (protestants, Russes orthodoxes, Grecs orthodoxes, catholiques) pratiquent leur culte également en toute liberté. Concernant les marocains convertis au christianisme, au chiisme, au bahaïsme à l’ahmadisme ou devenus athées, le rapport admet que ces minorités ne font pas l’objet de répression de la part des autorités ; Mais qu’il est surtout question de leur frustration de ne pas être officiellement reconnus et socialement acceptés. En tout état de cause, ce rapport a entériné les conclusions des rapports précédents dont notamment celui de 2002 qui a fait l’éloge du Maroc en tant que pays où l’exercice des cultes est libre, et les religions respectées, notant que la constitution garantit la liberté de religion et, bien que l’Islam soit la religion officielle du pays, les communautés juive et chrétienne y pratiquent leur culte ouvertement.
Le département d’Etat américain souligne que depuis son accession au trône, Sa Majesté le Roi a perpétué les traditions marocaines d’attachement au dialogue interconfessionnel, et rappelle à cet égard que la cérémonie œcuménique de la cathédrale de Rabat, à la mémoire des victimes du 11 septembre avait été organisée sur instructions personnelles du Souverain. Il explique que la liberté de culte au Royaume est favorisée par les relations traditionnellement amicales entre les communautés religieuses du pays. Le document souligne, par ailleurs, l’intérêt particulier accordé par le Maroc à l’entente entre les religions, rappelant qu’un festival des musiques sacrées du monde se tient chaque année à Fès, et que le Royaume a abrité d’innombrables conférences et symposiums rassemblant imams, prêtres, rabbins et autres Leaders spirituels tant à l’échelle du pays, qu’au niveau international, pour la promotion du dialogue interconfessionnel et l’entente entre les religions.
33.Abdellah Adyel, le régime des cultes au Maroc, mémoires DES, rabat, 1962-
1963, p1
34- Simon Levy, Essais d’histoire et de civilisation judéo-marocaines, Ed centre
Tarik ibn ziad, 2001
A suivre
Mohammed Jelmad



