Le Commandeur des Croyants: Visions renouvelées et perspectives prometteuses (4)
Le contrôle de la formation religieuse:
Ce contrôle correspondait à la volonté de l’Etat d’accaparer les centres de production symbolique.21 Il répondait également au besoin pressant de substituer un savoir aseptisé, selon l’expression de Mohamed Tozy, à une formation non étatique et personnalisée, qui a permis à l’Etat de contrôler le contenu de la formation, et d’être le seul employeur des Ouléma.
C’est dans cette optique que les institutions d’enseignement traditionnel ont été dessaisies de leur autorité, soit par leur rattachement au ministère de l’éducation nationale, soit par la création d’institutions concurrentes.22
Cette politique a également permis de briser le monopole du “alim” de la Qarrawiyine, par la démultiplication des filières de formation religieuse.23. En 2004, Sa Majesté le Roi Mohammed VI-que Dieu le protége- a donné ses instructions pour réformer l’enseignement religieux ainsi que la formation
du personnel religieux sur de nouvelles bases. Le Souverain s’est exprimé ainsi :” Nous avons, dans cette perspective, veillé à la mise à niveau des écoles de l’enseignement originel, à la sauvegarde du système d’apprentissage coranique et à la protection de ces établissements contre toute exploitation ou
déviation portant atteinte à l’identité marocaine.
Nous avons prévu, en outre, des passerelles et des programmes de formation permettant l’intégration des effectifs issus de ces écoles dans le système éducatif national qui, au lieu de former des esprits obtus et sclérosés, favoriseront- au contraire- l’ouverture sur les autres cultures(..)”.24 Le ministère des Habbous et des Affaires Islamiques s’est appliqué, depuis 2005, à l’exécution des instructions Royales à travers deux programmes de réformes concernant d’abord l’enseignement traditionnel avec la finalité d’adapter les structures mentales et éducatives des marocains aux structures sociales en mutation; et ensuite, la formation des imams et des mourchidates avec l’objectif de rendre possible l’émergence d’un nouveau type de gestionnaire de biens religieux, capables de relire les données de la révélation islamique à la lumière de la raison et de l’histoire.25

Le contrôle des mosquées
Le contrôle des lieux de cultes se matérialisa par l’interdiction de construire de nouvelles mosquées sans une autorisation, expresse, des autorités locales, après avis des conseils régionaux des Oulémas
Les pouvoirs publics entendaient, par cette mesure, éviter que certaines mosquées, qui ne sont pas gérées par les Habbous, ne soient occupées par des groupuscules islamistes qui pratiquent
la religion d’une manière contraire à la Sunna. En effet, il était facile de constater l’existence de plusieurs mosquées échappant au contrôle des autorités compétentes, auxquelles se sont substitués des particuliers, des associations de bienfaiteurs, ou des membres de sectes religieuses non reconnues. Il a fallu que des incidents portant atteinte à l’ordre public surviennent, dans certaines régions du pays, pour que les pouvoirs publics se rendent à l’évidence d’une nécessaire et stricte application des dispositions du Dahir de 1984 relatif à la construction des mosquées.
Le souci d’en protéger la vocation spirituelle a été derrière l’approbation par le parlement marocain en Janvier 2007 d’une nouvelle loi qui impose des règles strictes en matière de leur construction. Elle vise à définir des règles claires pour le financement et la construction des mosquées et dispose que
ceux qui souhaitent construire de nouvelles mosquées devront constituer une association et identifier les responsables de la collecte et de la donation des fonds. La nouvelle loi s’inscrivait dans le cadre de la lutte des autorités contre le fanatisme religieux en prévenant l’accès non pacifiques aux mosquées. Monsieur Ahmed Taoufik, ministre des Habous et des Affaires Islamiques avait affirmé que la politique Royale en matière de construction des mosquées et de promotion de leurs missions vise à accompagner le développement démographique et urbain que connaissent les différentes régions du Royaume. En effet, le Souverain avait souligné, à propos de la restructuration du champ religieux que “ cette réforme institutionnelle ne saurait être complète que si l’on s’attèle à redynamiser le rôle des mosquées, tant il est vrai qu’elles constituent le coeur vibrant de la sphère spirituelle. Aussi, Avons-nous arrêté une série de
mesures reflétant Notre constante et bienveillante sollicitude pour les maisons de Dieu, d’autant plus qu’elles constituent l’un des piliers majeurs que lesquels repose notre plan d’initiative et de sensibilisation aux principes de la pensée religieuse éclairée”26.
Le ministre a également souligné les efforts déployés par le Souverain afin de conforter les mosquées dans la vocation qui est la leur en tant que lieux de culte et d’orientation spirituelle.27
21- Amina Bekkali op cit p 183
22- Idem
23- Mohamed Tozy:” Le prince..” op cit p 73
24- Discours Royal du 30 avril 2004 devant les membres du conseil supérieur et des conseils provinciaux des Oulémas
25- Mohssine El Ahmadi:” Modernisation du champ religieux au Maroc, 1999-
2005” in “Une décennie de réformes au Maroc 1999-2009” Ed. karthala.
27- Exposé sous le thème “L’intérêt accordé aux Maisons de Dieu dans le Royaume du Maroc” présenté par Mr Ahmed Taoufik en Juin 2014 à la mosquée
Mohammed V, devant Sa Majesté le Roi.
A suivre
Mohammed Jelmad



