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Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (20)

L’idée de la circulation du sang est d’un médecin arabe du XII siècle, Ibn En Nafis. Mais elle n’a commencé sa carrière scientifique qu’avec le médecin Anglais W.HARVEY, plus de quatre siècles après. C’est la conjoncture du moment qui l’a obligé à s’expatrier pour trouver ses meilleures chances d’application.
En somme, pendant quatre siècles, elle fut vraie sans être efficace.

XI -AUTHENTICITÉ ET EFFICACITÉ DES IDEES

Une idée authentique n’est pas toujours efficace. Une idée efficace n’est pas toujours vraie.
Il y a là deux aspects dont la confusion donne lieu à des jugements erronés si préjudiciables à l’histoire des nations quand cette confusion devient entre les mains des spécialistes de la lutte idéologique, un instrument de viol des consciences.
L’authenticité est intrinsèque, spécifique, indépendante de l’histoire.
L’idée vient au monde vraie ou fausse. Quand elle est vraie, elle gardera son authenticité jusqu’à la fin des temps.
Par contre, elle peut perdre son efficacité au cours de sa carrière, même si elle est vraie.
L’efficacité d’une idée a son histoire qui commence avec son moment d’Archimède quand sa poussée originelle boulverse le monde ou que l’on croit trouver en elle le point d’appui nécessaire pour soulever le monde.

En général, en venant au monde, les idées, qui ont fait son histoire, sont toujours efficaces, puisqu’elles ont soulevé des tempêtes, édifié ou anéanti quelque chose, ou simplement tourné une page d’histoire humaine.
Elles ne sont pas nécessairement toutes vraies. Une idée est vraie ou fausse sur le plan théologique, logique, scientifique, social.

Mais son histoire ne dépendra pas de son caractère intrinsèque, elle dépendra de son dynamisme, de son pouvoir au sein d’un univers culturel et enfin de la conjoncture.
Par exemple, l’idée de la circulation du sang est d’un médecin arabe du XII siècle, Ibn En Nafis. Mais elle n’a commencé sa carrière scientifique qu’avec le médecin Anglais W.HARVEY, plus de quatre siècles après.

C’est la conjoncture du moment qui l’a obligé à s’expatrier pour trouver ses meilleures chances d’application.
En somme, pendant quatre siècles, elle fut vraie sans être efficace.

Beaucoup d’idées scientifiques ne trouvent pas leur moment d’Archimède en venant au monde mais bien après.

La théorie de l’expansion de l’univers du mathématicien ~ belge G. LEMAITRE n’a commencé sa carrière qu’avec EINSTEIN.
La théorie génétique de MENDEL n’a eu son moment d’Archimède, c’est-à-dire d’efficacité que depuis le démarrage de l’école de Biologie française et américaine au début du XX siècle.

Par contre, l’histoire.pullule d’idées nées fausses, inauthentiques qui eurent cependant, leur terrible efficacité, dans les domaines les plus divers.

D’ailleurs, souvent ces idées sont voilées, obligées de porter un masque d’authenticité pour entrer dans l’histoire comme un cambrioleur entre dans une maison avec une fausse clef.
Leibniz n’était pas que mathématicien de génie. Il avait sans doute lu Machiavel et dans ses réflexions politiques il recommandait de  »cacher le profane et l’utile sous les apparences du sacre, …  ».
Parfois, c’est parce qu’elle est efficace dans une certaine conjoncture qu’une idée peut prendre un caractère sacré aux regards d’une époque.

A suivre

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