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Les conditions de la renaissance de Malek Bennabi (7)

Il faut surmonter cette douleur, et seule une religion le permet en insufflant à chacun  »la volonté » d’une civilisation, comme jadis au bédouin, qui suivait les premiers pas de Mohamed dans le dénuement d’un désert.


Examen de la deuxième condition
POSSIBILITE DE L’APPLICATION DU PRINCIPE CORANIQUE ACTUELLEMENT

La plus grande chose qui ait influencé ma vie est un conseil que j’ai entendu de mon père:  »Mon fils, lis le Coran comme s’il avait été révélé pour toi. » Iqbal


Ainsi donc pour réaliser la synthèse nécessaire comme solution du problème algérien, synthèse de l’Homme, du Sol, et du Temps, il faut le catalyseur d’une religion qui transforme l’âme musulmane, c’est-à-dire, selon le mot de Keyserling, lui donne le  »principe du sens »
Cette condition est-elle réalisable dans la situation actuelle des peuples musulmans?
Il faudrait ignorer l’Islam et, d’une manière générale, le sens cosmique de la religion pour hésiter à répondre par l’affirmative.
L’efficacité biohistorique d’une religion est permanente et ne constitue pas une propriété exceptionnelle particulière à son avènement chronologique. – Son avènement psychologique – le seul qui marque l’histoire comme on l’a vu dans le cas de l’Europe, où la  »civilisation chrétienne » est née plus de 1000 ans après l’avènement de l’idée chrétienne – peut se renouveler et même se perpétuer, si l’on ne
s’écartait pas des conditions compatibles avec sa loi.
C’est, d’ailleurs, sous ce rapport, que les Oulémas ont vu plus juste que les politiciens en prêchant l’islahisme, c’est-à-dire le nouveau baptême de l’âme musulmane à la source de la foi.
Malheureusement, les Oulémas se sont eux-mêmes écartés un instant de la bonne voie pour suivre les hommes politiques.
Il était temps qu’ils y reviennent avec la certitude qu’il n’y a aucune voie pour le salut.
Il faut recommencer le baptême interrompu en 1936 et préparer la génération qui vient à porter une civilisation dans ses entrailles et à savoir l’enfanter.
Que chacun, dans son domaine, soit capable de cet accouchement qui doit se faire, comme tous les autres, dans la douleur.
Il faut surmonter cette douleur, et seule une religion le permet en insufflant à chacun  »la volonté » d’une civilisation, comme jadis au bédouin, qui suivait les premiers pas de Mohamed dans le dénuement d’un désert.
C’est avec cette volonté que le musulman sentira, malgré son dénuement actuel, sa richesse permnanente qu’il ne sait pas encore utiliser.
LES RICHESSES PERMANENTES
Quand l’homo-natura se met en marche pour atteindre l’homosapiens, il n’a pour viatique que le sol qui lui fournit le moyen d’atteindre son but et le temps nécessaire pour y parvenir.
Le reste est accessoire: le building, l’université, l’avion tout cela est de l’acquis.
La société humaine peut se passer un certain temps de l’acquis, mais elle ne peut renoncer aux trois richesses primordiales sans renoncer, par cela, à son existence elle-même.
Cela est si vrai que durant la dernière guerre, les belligérants n’évaluèrent pas leurs pertes en or, en argent, mais en heures de travail, c’est-à-dire en valeur de temps, d’efforts humains et de produits du sol.
Et aussi chaque fois que l’acquis devient insuffisant ou inaccessible, chaque fois qu’il s’agit dans les heures graves de revenir aux valeurs fondamentales, l’humanité retrouve, en même temps que son génie, le sens des choses simples qui ont fait sa grandeur.
Ce sont ces richesses permanentes que l’on retrouve chaque fois qu’on applique le principe de la  »Table rase », c’est-à-dire en réalité, chaque fois que l’homo-natura se met en marche et qu’une civilisation se met en mouvement avec lui

L’INFLUENCE DE l’IDEE RELIGIEUSE DANS LA FORMATION DE LA CIVILISATION
Nous avons montré dans le précédent chapitre, intitulé  »De l’entassement à la construction », le rôle de l’idée lorsqu’elle intervient comme un catalyseur· dans la synthèse bio-historique d’une civilisation en nous fondant, en grande partie, sur les idées de Keyserling et, d’une façon générale, sur les données de l’Histoire. Néanmoins, cette interprétation historique s’est avérée insuffisante pour les lecteurs de la première édition de ce livre.
j’ai rédigé ce chapitre et j’ai estimé qu’il est de mon devoir de revoir l’étude de ce pr()blème, une étude qui ne se satisfait pas, cette fois, des seules données historiques, mais qui porte également son intérêt aux critères de la psychanalyse, car la méthode qui aborde le fait de la civilisation non comme un enchaînement d’événements que l’histoire peut nous retracer, mais comme un  »phénomène » dont l’analyse nous montre la quintessence et nous indique, peut-être, sa  »loi », c’est-à-dire la loi
divine au sein de ce  »phénomène ». Cette méthode est, à mon avis, la seule qui peut nous éclairer sur le rôle positif et efficace de l’idée religieuse dans la synthèse de ce fait. Elle nous montre comment cette idée conditionne le comportement de l’individu et comment elle conditionne ses instincts, un conditionnement organique dans leur relation fonctionnelle avec la construction d’une civilisation.
En d’autres termes, le problème ici est de clarifier au lecteur comment l’idée religieuse peut préparer l’homme afin qu’il assume son rôle dans la construction de la civilisation, en conséquence, comment cette même idée peut nous fournir une explication rationnelle du rôle d’une civilisation dans l’orientation de l’histoire.
Quelles sont donc les limites de l’idée religieuse dans son explication des faits historiques?

A suivre

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