Les plantes médicinales en gastro-entérologie : entre patrimoine arabe, pharmacopée traditionnelle et phytothérapie moderne – par Jamal Bami

Les plantes médicinales en gastro-entérologie illustrent un « dialogue fécond entre le passé et le présent ». L’art culinaire, la médecine arabe savante, la pharmacopée traditionnelle et la phytothérapie moderne convergent vers une même idée : la nature offre des solutions efficaces, dont la valeur est désormais confirmée par la recherche scientifique.

La médecine des plantes occupe une place centrale dans l’histoire de la santé au Maroc et dans le monde arabe. Du savoir savant des médecins arabes médiévaux à la pharmacopée traditionnelle marocaine, en passant par les recherches contemporaines en phytothérapie, un fil conducteur se dessine : la continuité et l’efficacité des plantes dans le traitement des troubles gastro-intestinaux.
Un patrimoine enraciné dans la pratique locale
La médecine arabe savante, transmise par des figures comme Avicenne ou Ibn Al-Baytar, a décrit avec précision l’usage thérapeutique de nombreuses plantes. Ce savoir a trouvé une traduction concrète dans la pratique culinaire et médicinale marocaine : l’ajout du cumin ou de l’huile d’olive pour limiter les ballonnements, l’usage du citron dans la harira pour réduire l’effet des féculents, ou encore l’origan ajouté au concombre pour faciliter la digestion.
Ces pratiques dites de « correctifs » illustrent la convergence entre tradition populaire et médecine savante.
La pharmacopée marocaine, un héritage vivant
Des chercheurs comme « Jamal Belchadare », le professeur « Sharkawi » ou encore le médecin militaire « Dr Ahmbis », ont documenté la richesse de la pharmacopée marocaine. Leurs travaux montrent que plus de 50 % des espèces végétales utilisées aujourd’hui en phytothérapie moderne figurent déjà dans les manuscrits arabes médiévaux ou dans les savoirs traditionnels locaux.
Trois familles de plantes majeures en gastro-entérologie
La recherche contemporaine en phytochimie a permis d’identifier les principes actifs responsables des effets thérapeutiques :
- Les Apiacées : fenouil, anis, carvi, coriandre… riches en huiles essentielles aux propriétés carminatives et antispasmodiques.
- Les Lamiacées : menthe, sauge, romarin, thym… dotées de molécules actives sur la digestion et l’inflammation.
- Les Astéracées : camomille, souci, chardon-Marie… reconnues pour leurs vertus calmantes, hépatiques et anti-inflammatoires.
De la tradition à la science moderne
L’avancée majeure de la phytothérapie moderne réside dans l’identification des molécules actives : l’anéthol (anis), le carvone (carvi), le limonène (cumin), ou encore l’acétate de terpényle (cardamome). Certaines, comme celles issues de l’ »Ammi visnaga », sont devenues des antispasmodiques de référence.
Les recherches montrent aussi que certaines huiles essentielles – par exemple celles d’origan – détruisent les bactéries pathogènes tout en préservant la flore intestinale bénéfique, une découverte prometteuse dans la lutte contre les troubles digestifs.
Une continuité historique validée par la science
Des études récentes comparent les recettes arabes médiévales, la pharmacopée française du XIXe siècle et les usages actuels : dans près de 90 % des cas, les formulations se recoupent. « On ne change pas ce qui marche », souligne la recherche.
Une médecine d’avenir
Aujourd’hui, la phytothérapie moderne confirme scientifiquement ce que la tradition avait établi empiriquement. Les plantes médicinales ne remplacent pas la médecine conventionnelle, mais elles ouvrent des perspectives de complémentarité, notamment dans la prise en charge des troubles fonctionnels digestifs, des gastrites, des ulcères et même des maladies hépatiques.
Conclusion
Les plantes médicinales en gastro-entérologie illustrent un « dialogue fécond entre le passé et le présent ». L’art culinaire, la médecine arabe savante, la pharmacopée traditionnelle et la phytothérapie moderne convergent vers une même idée : la nature offre des solutions efficaces, dont la valeur est désormais confirmée par la recherche scientifique.
Cet article est issu d’une conférence présentée par Docteur Jamal Bami, directeur du Centre Ibn al-Banna al-Marrakchi de recherche et d’études en histoire des sciences de la civilisation islamique, les 10, 11 et 12 mai 2024, dans le cadre du 11ᵉ Forum des Journées Scientifiques, organisé par l’Association des Gastroentérologues de la Région Centrale du Maroc.



