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Maroc–États-Unis : 250 ans d’amitié, de respect et de coopération (partie 4)

Le Maroc, grâce à sa position géographique et à ses infrastructures, se présente comme l’un des principaux points d’articulation entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Les États-Unis, puissance atlantique par excellence, partagent avec le Royaume un intérêt commun pour la sécurité des routes maritimes, la résilience des chaînes logistiques, le développement des ports et la coopération avec les pays riverains.


VI. Le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI : le partenariat stratégique entre le Maroc et les États-Unis à l’ère du XXIᵉ siècle

L’accession au Trône de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le 30 juillet 1999, marque une nouvelle étape dans l’évolution des relations entre le Royaume du Maroc et les États-Unis. Héritier d’une tradition diplomatique séculaire, le Souverain a su adapter les fondements historiques de cette relation aux réalités d’un monde globalisé, marqué par la lutte contre le terrorisme, les transformations géoéconomiques, la montée des enjeux africains et la compétition stratégique entre grandes puissances.

Loin de rompre avec l’héritage de ses prédécesseurs, Mohammed VI l’a approfondi en donnant au partenariat maroco-américain une dimension multidimensionnelle où la sécurité, l’économie, l’innovation, la coopération africaine et la diplomatie religieuse se renforcent mutuellement. Cette continuité illustre ce que l’on pourrait qualifier de « diplomatie de la permanence dans l’adaptation », principe qui caractérise la politique étrangère marocaine depuis Mohammed III.

Une alliance consolidée après le 11 septembre 2001

Les attentats du 11 septembre 2001 modifièrent profondément les priorités stratégiques des États-Unis. La lutte contre le terrorisme devint l’axe central de leur politique étrangère. Dans ce nouveau contexte, le Maroc apparut rapidement comme un partenaire de premier plan.

Grâce à la stabilité de ses institutions, à la modernisation de ses services de sécurité et à son approche combinant prévention, coopération internationale et réforme du champ religieux, le Royaume fut reconnu comme un acteur crédible dans la lutte contre l’extrémisme violent. La coopération bilatérale s’intensifia dans les domaines du renseignement, de la formation, de la sécurité des frontières et de la lutte contre les réseaux terroristes.

Cependant, l’originalité de l’approche marocaine réside dans le fait qu’elle ne réduit pas la sécurité à sa seule dimension militaire. Sous l’impulsion de Mohammed VI, le Royaume a développé une stratégie globale associant développement humain, éducation, réforme religieuse et coopération régionale. Cette vision rejoint plusieurs de vos analyses sur la diplomatie religieuse marocaine comme instrument de stabilité régionale (Chtatou, 2019).

L’Accord de libre-échange : une nouvelle architecture économique

L’une des réalisations majeures de cette période est l’entrée en vigueur, en 2006, de l’Accord de libre-échange entre le Maroc et les États-Unis. Premier accord de ce type conclu par Washington avec un pays africain, il traduit la confiance accordée au Royaume en tant que partenaire économique fiable.

Au-delà de la suppression progressive des barrières tarifaires, cet accord favorise les investissements, la protection de la propriété intellectuelle, la modernisation des normes commerciales et l’intégration du Maroc dans les chaînes de valeur mondiales. Il contribue également à renforcer le rôle du Royaume comme plateforme économique reliant l’Europe, l’Afrique et l’Amérique du Nord.

Cette dimension économique complète une relation longtemps dominée par les considérations diplomatiques et sécuritaires. Elle témoigne d’une évolution où le commerce devient un instrument de stabilité et de prospérité partagée.

Le Maroc : une puissance africaine à part entière

L’une des transformations les plus importantes de la politique étrangère marocaine au XXIᵉ siècle réside dans le retour affirmé du Royaume en Afrique. Sous le règne de Mohammed VI, cette orientation s’est traduite par une multiplication des visites royales, des investissements, des partenariats économiques et des initiatives de coopération Sud-Sud.

Pour les États-Unis, cette évolution renforce l’intérêt stratégique du Maroc. Washington considère de plus en plus le Royaume comme un partenaire capable de contribuer à la stabilité du continent africain, notamment au Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Cette dynamique est particulièrement visible dans trois domaines :

  • La coopération économique et bancaire ;
  • La formation des cadres et des imams ;
  • Le développement des infrastructures et de la connectivité.

Comme vous l’avez montré dans plusieurs de vos travaux, la diplomatie religieuse marocaine, fondée sur la tradition malikite, l’acharisme et le soufisme, constitue aujourd’hui un instrument original de prévention de la radicalisation et de promotion d’un islam du juste milieu (Chtatou, 2019 ; Chtatou, 2023). Cette dimension immatérielle du partenariat complète les volets politique et économique.

L’Atlantique africain : une nouvelle frontière stratégique

L’un des apports les plus novateurs de la diplomatie marocaine contemporaine est la redécouverte de la vocation atlantique du Royaume. L’Initiative Royale pour favoriser l’accès des États du Sahel à l’océan Atlantique illustre cette vision. Elle vise à faire de la façade atlantique un espace de coopération, d’intégration économique et de développement partagé.

Dans cette perspective, le Maroc ne se présente plus uniquement comme un pont entre l’Europe et l’Afrique, mais également comme un acteur central de l’espace atlantique. Cette orientation rencontre plusieurs priorités stratégiques américaines : sécurisation des routes maritimes, développement des infrastructures, diversification des chaînes logistiques et renforcement de la stabilité régionale.

Nous retrouvons ici l’une des idées directrices de cet ouvrage : le Maroc et les États-Unis sont deux puissances atlantiques dont les intérêts convergent naturellement dans un espace géopolitique en pleine recomposition.

Une relation tournée vers l’avenir

Au début du XXIᵉ siècle, le partenariat maroco-américain dépasse largement les cadres traditionnels de la diplomatie classique. Les deux pays coopèrent désormais dans des domaines aussi variés que les technologies de pointe, la transition énergétique, l’agriculture durable, l’enseignement supérieur, l’innovation et la recherche scientifique.

Cette diversification témoigne d’une relation arrivée à maturité. Les fondements historiques établis au XVIIIᵉ siècle continuent de produire leurs effets, mais ils servent désormais de socle à une coopération résolument tournée vers l’avenir.

À l’approche de 2027, les relations entre Rabat et Washington apparaissent ainsi comme un exemple rare d’alliance capable de conjuguer fidélité à son héritage et adaptation permanente aux transformations du système international.

VII. Le Maroc sous Sa Majesté le Roi Mohammed VI : un allié stratégique des États-Unis dans un monde multipolaire

Les grandes alliances ne survivent pas pendant deux siècles et demi grâce aux seuls intérêts matériels ; elles perdurent parce qu’elles reposent sur des valeurs diplomatiques partagées, une confiance construite dans la durée et une capacité permanente à s’adapter aux mutations du système international.

L’entrée dans le XXIᵉ siècle marque un tournant majeur dans les relations internationales. La disparition du monde bipolaire, la mondialisation, les attentats du 11 septembre 2001, la montée de nouvelles puissances asiatiques, la révolution numérique, la transition énergétique et les défis sécuritaires transnationaux ont profondément transformé les priorités des États. Dans ce nouvel environnement, le partenariat entre le Royaume du Maroc et les États-Unis ne s’est pas contenté de survivre ; il s’est réinventé.

Sous le règne de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la diplomatie marocaine a su conjuguer fidélité à une tradition historique vieille de plus de deux siècles et adaptation aux nouvelles réalités géopolitiques. Cette continuité dans le changement constitue sans doute l’une des principales raisons pour lesquelles Washington considère aujourd’hui Rabat comme l’un de ses partenaires les plus fiables en Afrique et dans le monde arabe.

La permanence comme doctrine diplomatique

L’un des enseignements majeurs de l’histoire des relations maroco-américaines est que le Maroc n’a jamais conçu sa politique étrangère comme une succession de réactions aux événements. Au contraire, elle s’inscrit dans une vision de long terme où les intérêts permanents de l’État priment sur les circonstances passagères.

Cette approche trouve son origine sous Sidi Mohammed Ben Abdallah, se consolide avec Mohammed V, s’affirme sous Hassan II et connaît une nouvelle expression sous Mohammed VI. Elle repose sur quatre principes :

  • La défense de la souveraineté nationale ;
  • La diversification des partenariats ;
  • La recherche de la stabilité régionale ;
  • Le dialogue comme instrument privilégié de règlement des différends.

Cette remarquable continuité explique que les relations avec les États-Unis aient traversé sans rupture les changements d’administrations américaines, les crises régionales et les transformations profondes du système international.

Un partenariat fondé sur la confiance

Dans la littérature consacrée aux alliances internationales, la notion de confiance est souvent évoquée mais rarement analysée. Or elle constitue, selon nous, la véritable clé de compréhension des relations maroco-américaines.

Depuis 1777, aucun conflit majeur n’a opposé les deux États. Les divergences ponctuelles ont été traitées par la négociation, sans remettre en cause les fondements du partenariat. Cette permanence distingue la relation maroco-américaine de nombreuses autres alliances conclues à la même époque.

La confiance n’est pas ici un simple sentiment ; elle est devenue un capital diplomatique accumulé au fil des générations. Chaque période historique a renforcé ce capital : le traité de 1786, la rencontre entre Mohammed V et Franklin D. Roosevelt, la coopération durant la Guerre froide, l’accord de libre-échange, la lutte commune contre le terrorisme et les initiatives de coopération en Afrique.

Le Maroc : une puissance de stabilité

L’une des évolutions les plus significatives du partenariat contemporain réside dans la manière dont les États-Unis perçoivent désormais le rôle régional du Maroc. Alors que le Royaume était autrefois considéré principalement sous l’angle de sa position géographique, il est aujourd’hui reconnu comme un producteur de stabilité.

Cette stabilité repose sur plusieurs facteurs : la continuité institutionnelle de la monarchie, une politique de réformes graduelles, une diplomatie active et une stratégie de coopération régionale. Dans un environnement marqué par les crises au Sahel, les tensions au Moyen-Orient et les défis sécuritaires transnationaux, cette capacité à conjuguer stabilité interne et engagement international renforce la valeur stratégique du partenariat.

La projection internationale du Royaume ne repose pas uniquement sur des moyens matériels, elle s’appuie également sur un soft power original, fondé sur la formation des imams, la promotion du rite malikite, de la doctrine acharite et du soufisme sunnite comme vecteurs de modération, de dialogue et de prévention de l’extrémisme (Chtatou, 2019 ; Chtatou, 2023).

L’Afrique au cœur du partenariat

L’orientation africaine de la diplomatie marocaine constitue probablement la transformation la plus importante des deux dernières décennies. Les investissements du Royaume, son retour au sein de l’Union africaine, son engagement en faveur de la coopération Sud-Sud et ses initiatives économiques ont profondément modifié sa place sur le continent.

Pour Washington, cette évolution revêt une importance stratégique majeure. Les États-Unis voient dans le Maroc un partenaire capable de favoriser le développement, la stabilité et l’intégration économique en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Les projets d’infrastructures, les partenariats bancaires, la coopération agricole et les programmes de formation illustrent cette convergence d’intérêts.

L’Initiative Royale visant à faciliter l’accès des États sahéliens à l’océan Atlantique ouvre, à cet égard, des perspectives nouvelles. Elle traduit une vision où la géographie devient un levier de développement partagé et où l’espace atlantique est conçu comme un lieu de coopération plutôt que de compétition.

Une diplomatie de la vision

L’analyse des relations maroco-américaines conduit à une conclusion essentielle : leur longévité ne peut être expliquée uniquement par les intérêts économiques ou militaires. Elle tient avant tout à la capacité des dirigeants des deux pays à inscrire leurs décisions dans une perspective historique.

Mohammed III comprit avant beaucoup d’autres l’émergence des États-Unis comme nouvelle puissance maritime. Mohammed V sut percevoir l’importance de son dialogue avec Roosevelt au moment où le monde préparait l’après-guerre. Hassan II fit du Maroc un acteur de médiation pendant la Guerre froide. Mohammed VI, enfin, inscrit le partenariat dans les grands enjeux du XXIᵉ siècle : l’Afrique, l’Atlantique, la transition énergétique, la sécurité humaine et le développement durable.

Cette continuité de la vision explique pourquoi la relation entre Rabat et Washington ne s’est jamais limitée à une alliance de circonstance. Elle constitue un partenariat historique en constante réinvention.

Vers une communauté d’intérêts atlantiques

Au-delà des relations bilatérales, une nouvelle dimension apparaît aujourd’hui : celle de l’Atlantique. Longtemps perçu comme une frontière maritime, l’océan Atlantique redevient un espace d’intégration économique, énergétique et stratégique.

Le Maroc, grâce à sa position géographique et à ses infrastructures, se présente comme l’un des principaux points d’articulation entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques. Les États-Unis, puissance atlantique par excellence, partagent avec le Royaume un intérêt commun pour la sécurité des routes maritimes, la résilience des chaînes logistiques, le développement des ports et la coopération avec les pays riverains.

Cette convergence pourrait constituer le fondement d’une nouvelle étape des relations maroco-américaines au cours des prochaines décennies.

A suivre

Mohamed Chtatou, Professeur d’université, consultant international en éducation et analyste politique pour la région MENA

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