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  « Cosmic Breath » : quand les appels à la prière deviennent un langage universel

Dans un climat social britannique souvent traversé par les tensions et les crispations identitaires, l’artiste et compositeur américano-libanais Joe Namy propose une halte méditative au cœur de la capitale. Avec son œuvre sonore immersive Cosmic Breath, il réunit des appels à la prière (l’adhan) enregistrés aux quatre coins du globe, érigeant le son en vecteur de recueillement, de dialogue et de coexistence.

Accueillie dans le Musalla d’Ibraaz — un espace dédié à la spiritualité vécue et à l’expression contemporaine —, cette création multicanale se déploie à deux pas de l’effervescence d’Oxford Street. À travers un entrelacement d’archives historiques et de captations récentes, l’œuvre invite le public à explorer les résonances intimes, sociales et politiques de la voix sacrée.

Le dispositif repose sur des haut-parleurs à pavillon évoquant l’architecture des minarets. D’abord murmurées pour inciter à une écoute attentive, les voix s’élèvent et convergent à mesure qu’arrive l’heure de la prière, enveloppant l’auditeur dans une harmonie continue.

Un écho particulier dans le paysage londonien

Conçue initialement en 2023 pour la Biennale des arts islamiques de Djeddah en collaboration avec l’architecte Sumayya Vally — qui en signe la scénographie —, l’œuvre repose sur un constat poétique : à chaque seconde, quelque part sur Terre, un appel à la prière s’élève, tissant un fil invisible entre des communautés géographiquement éloignées.

« Une grande part de ma démarche explore la politique du son, mais aussi sa dimension spirituelle et son impact sur la vie collective », précise Joe Namy.

Si la création a vu le jour en Arabie saoudite, sa présentation à Londres revêt une résonance singulière. Face à la persistance des préjugés xénophobes et antimusulmans au Royaume-Uni, l’artiste a souhaité ouvrir une parenthèse apaisante dans l’espace public, invitant à aborder la foi et l’altérité par le prisme d’une expérience esthétique et sensorielle partagée.

La mémoire d’un appel en plein confinement

L’étape londonienne s’enrichit d’une touche locale : un enregistrement capté en 2020 à Walthamstow (est de Londres), au cœur de la pandémie de Covid-19. Diffusé à l’époque par l’association islamique de Waltham Forest alors que les rassemblements physiques étaient proscrits, cet adhan public avait permis de maintenir un lien affectif et spirituel au sein du quartier.

Pour Joe Namy, ce témoignage illustre la capacité des expressions religieuses à préserver la cohésion sociale et la proximité humaine dans les moments d’épreuve collective.

Plus d’un siècle de diversité vocale, de La Mecque à Singapour

L’anthologie sonore réunie dans Cosmic Breath traverse plus d’un siècle d’histoire et dévoile la variété des timbres, des acoustiques et des styles régionaux :

  • Les archives pionnières : une prise de son rare de la fin du XIXᵉ siècle réalisée à la Mosquée sacrée de La Mecque, ainsi qu’une archive des années 1950 aux Philippines.
  • L’histoire technique : des enregistrements issus de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem et de la mosquée du Sultan à Singapour — cette dernière figurant parmi les premières au monde à avoir adopté l’amplification par haut-parleurs dès les années 1930.
  • La pluralité des expressions : des ornementations vocales improvisées à Tbilissi (Géorgie) à la pureté d’une voix nue sans micro dans un camp sahraoui en Algérie, en passant par la cadence singulière de Khartoum (Soudan) ou l’intimité d’une récitation solitaire au cœur d’une forêt japonaise.

Certaines explorations sonores n’ont pas été retenues pour la version finale, comme l’acoustique nue et silencieuse de la plus ancienne mosquée d’Amérique du Sud au Brésil, ou des captations côtières en Égypte.

Une solidarité interreligieuse née à Durban

L’étincelle originelle de ce projet est née à Durban, en Afrique du Sud, lors du premier confinement de 2020. Face à une interdiction locale de l’adhan dans un contexte de crispations sociales, un membre de la communauté hindoue avait initié un geste de solidarité en organisant un cortège automobile diffusant l’appel à la prière à l’unisson via les autoradios.

Le souvenir de ces centaines de véhicules faisant vibrer les rues sud-africaines a profondément inspiré Joe Namy, révélant la force fédératrice du son lorsqu’il devient un étendard de fraternité. De Durban à Londres en passant par Djeddah, Cosmic Breath dépasse la performance acoustique pour rappeler que le patrimoine sonore sacré peut constituer un puissant pont de compréhension mutuelle et d’apaisement au sein de la cité.

Source: Anadolu Ajansı

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