La Commanderie des Croyants : le plan Royal de la Dé-radicalisation- Par Mohammed Jelmad

La politique de « prévention de l’extrémisme violent » se distingue par une approche intégrée, où la légitimité religieuse historique de la Monarchie sert de socle à une action coordonnée entre des institutions aux missions complémentaires.
« Ce combat sera gagné grâce à Notre stratégie globale, intégrée et multidimentionnelle. Dans son volet politique, institutionnel et sécuritaire, cette stratégie vise à plus de rigueur et d’efficacité dans le cadre de la démocratie et de la suprématie de la loi. Elle tend, dans son aspect économique et social, à libérer les initiatives et à mobiliser les énergies, au service du développement et de la solidarité. Enfin, dans sa dimension religieuse, éducative, culturelle et médiatique, cette stratégie se propose d’éduquer, de former le citoyen en l’imprégnant des vertus de l’ouverture, de la modernité, de la rationalité, du sérieux dans ce qu’il accomplit, de la droiture, de la modération et de la tolérance. »
Extrait du Discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le préserve- suite aux attentats de Casablanca du 16 mai 2003
Les attentats terroristes de Casablanca en 2003 ont amené le Royaume du Maroc à ériger la lutte contre l’extrémisme religieux au rang de priorité nationale, sous l’impulsion directe de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste-. En sa qualité d’Amir Al-Mouminine (Commandeur des Croyants), Sa Majesté a conçu une stratégie multidimensionnelle qui ne s’est pas limité à apporter une simple réponse sécuritaire mais qui s’est attaqué aux racines idéologiques et sociales du radicalisme.
Cette politique de « prévention de l’extrémisme violent » (PVE) se distingue par une approche intégrée, où la légitimité religieuse historique de la Monarchie sert de socle à une action coordonnée entre des institutions aux missions complémentaires. La force du modèle marocain réside dans cette synergie inédite entre trois acteurs majeurs :
- D’abord la Rabita Mohammedia des Oulémas qui constitue un véritable « laboratoire d’idées » et un fer de lance intellectuel, assurant la déconstruction théologique et psychologique des discours radicaux, tout en proposant un contre-discours moderne et accessible.
- Ensuite la DGAPR (Administration Pénitentiaire) qui a transformé l’espace carcéral en un lieu de réhabilitation à travers le programme phare « Moussalaha », offrant aux détenus un cadre de réconciliation avec le texte religieux, la société et eux-mêmes.
- Enfin la Direction Générale de la Surveillance du Territoire qui garantit la viabilité et la sécurité du processus par son expertise en renseignement, assurant l’évaluation de la sincérité des repentis et la protection du territoire contre les menaces émergentes.
Tracée par une conception Royale clairvoyante, cette « Troisième Voie » marocaine est parvenue à concilier les impératifs de sécurité nationale avec les valeurs de tolérance de l’Islam malékite, faisant du Royaume une référence mondiale en matière de stabilité spirituelle et de résilience face au terrorisme.
La Commanderie des Croyants: Clé de Voûte de la Régulation du Sacré
Le socle de la politique de dé-radicalisation marocaine repose sur une institution séculaire : la Commanderie des Croyants. : La légitimité historique (la Bay’a) et la lignée chérifienne du Souverain constituent un rempart symbolique infranchissable pour les tendances extrémistes qui échouent à implanter leur concept de « Califat » dans un pays où le Commandeur des Croyants incarne déjà cette autorité.
Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le préserve– s’est attelé dans son discours du 20 Août 2016 à déstructurer l’idéologie du radicalisme religieux et à démontrer l’imposture de ses théoriciens qui interprètent l’Islam en fonction de leurs sombres intérêts. Le Souverain a indiqué que ceux qui incitent au meurtre et à l’agression, qui excommunient indûment les gens et qui font du Coran et de la Sunna une lecture conforme à leurs intérêts, ne font que colporter le mensonge au nom de Dieu et du Prophète. Dans son discours, Sa Majesté le Roi-Que Dieu le protège– a abordé, à plusieurs reprises, la notion du Jihad « envisageable que par nécessité d’autodéfense, et non pour commettre un meurtre ou une agression », en dénonçant l’instrumentalisation des jeunes dont la méconnaissance de la langue arabe et de l’Islam est exploitée à outrance. « La raison admet-elle que le jihad soit récompensé par la jouissance d’un certain nombre de houris ? Le bon sens admet-il que quiconque écoute de la musique est voué à être englouti dans les entrailles de la terre, et bien d’autres mystifications ? » poursuivit Sa Majesté le Roi-Que Dieu le protège– qui a dévoilé que les terroristes et les radicaux mettent tout en œuvre pour amener les jeunes à les rejoindre et à s’attaquer aux sociétés imprégnées des valeurs de liberté, d’ouverture et de tolérance. Commentant le discours royal, Bernard Henry Levy a écrit que le Roi du Maroc, en sa qualité de commandeur des croyants, est entré dans « les voies du dispositif théologico-politique qui confère au nouveau terrorisme son ascendant et son efficacité- et renversant ce théologico-politique, le jouant contre lui même et le prenant à son propre piège, il assèche la source de la légitimité dont se prévalaient les fous de Dieu; il les isole au sein d’une communauté de croyants dont ils ne sont plus que des excroissances lamentables; et il rompt, ce faisant, l’emprise terrifiante et sacrée qu’ils exerçaient sur les âmes faibles ».
Abdelkrim Chadli, l’un des anciens ténors de la salafia jihadia, cité par le journal ‘’Akhbar Al Yaoum’’ avait déclaré que des salafistes libérés de prison avaient menacés de rejoindre les foyers de tension et l’organisation terroriste de Daech à cause des conditions matérielles difficiles et de la précarité de leurs situations sociales. D’où le fait que le pays avait besoin également « d’une analyse approfondie des besoins des groupes dangereux ou vulnérables pour évaluer le degré de privation qu’ils ressentent, la déception et le découragement dans lequel ils vivent »
Ils constituent l’illustration de l’explication que le chercheur Abraham Kaplan a donnée du terroriste. Selon Kaplan, le terroriste ne possède pas un égo fort pour pouvoir affronter toutes les difficultés de l’existence ; par conséquent, il devient victime d’attaque et d’humiliation. Celui qui souffre d’un choc psychologique s’identifie à celui qui l’attaque, se montre violent vis-à-vis des tracas de la vie et se rallie aux personnes qui souffrent de mêmes problèmes afin de reprendre confiance en lui-même.
S’intéresser aux causes du mal en accordant plus d’importance aux préoccupations du citoyen, c’est justement ce que Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le préserve– a demandé aux élus du peuple d’inscrire comme priorité dans leurs activités au cours de son discours hautement significatif du 15 octobre 2016 au Parlement. Le Souverain a tout simplement donné la solution adéquate au mal être qui peut nourrir les déviations sociales : la prise en considération du citoyen, sa valorisation et sa protection des vicissitudes bureaucratiques souvent à l’origine de la frustration et de la marginalisation.
Autrement dit, le remède à l’extrémisme dans la société marocaine réside dans la mise en valeur de la notion de ‘’Citoyenneté’’. L’intérêt que Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le préserve– a accordé à la nécessaire valorisation du citoyen peut parfaitement être inscrit dans le cadre de lutte contre les causes de la radicalité puisque le Souverain a ainsi adopté une nouvelle culture politique basée essentiellement sur la réconciliation de l’administration avec le citoyen. C’est l’esprit des directives royales adressées à toutes les institutions de l’Etat, et à l’exécutif notamment, de ‘’se pencher sérieusement sur les questions et les préoccupations réelles des citoyens’’. Or ces préoccupations ne sont pas d’ordre idéologique ou religieux, mais plutôt social, économique et culturel. Il s’agit de rassurer le citoyen dans ses sentiments et dans son appartenance à une communauté qui respecte sa dignité et qui établit des structures de communication capables de gérer ses réactions, d’éviter sa colère et de répondre à ses attentes, dans un cadre de droit , de justice, d’équité et de solidarité nationale.
L’exemplarité et la pertinence de la stratégie de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- Que Dieu le protège- en matière de lutte anti-terroriste a été saluée par la communauté internationale à New York à l’occasion de la 7é réunion ministérielle du Forum Mondial de lutte contre le terrorisme(GCTF), qui s’était tenue en marge des travaux de la 71é Assemblée générale des Nations Unies. Et d’évidence, l’approche du Souverain, en la matière, force le respect en considération pour son caractère multiforme. Il s’agit en effet d’une approche qui place en tête de ses priorités la concrétisation des objectifs économiques et du développement humain, selon le département d’Etat américain qui avait salué « la réforme du champ religieux par Sa Majesté le Roi, l’accélération du déploiement des programmes d’éducation et d’initiatives visant la promotion du marché de l’emploi en faveur des jeunes, ainsi que l’autonomisation des femmes à travers l’élargissement de leurs droits juridiques, politiques et sociaux ». Il n’y a aucun doute sur la volonté de Sa Majesté le Roi de cultiver l’espoir par la formation et l’emploi pour les jeunes afin de les inciter à préparer et à prendre soin de leurs avenirs au lieu de le détruire. La dimension humaine n’est pas absente dans la stratégie royale ; et c’est dans ce cadre que s’inscrivent les multiples initiatives royales d’accorder la grâce à des détenus de la mouvance islamiste condamnés dans le cadre de la loi antiterroriste.
Au delà de l’exercice d’une compétence qui lui est reconnue par la constitution, le Souverain leur a confirmé la clémence de la Patrie en leur offrant l’occasion d’une réinsertion sociale, à charge pour eux d’en tirer les enseignements et d’intégrer le processus d’édification de l’Etat de droit.
Le discours du 20 août 2016, a révélé une dimension exégétique et intellectuelle dans la mesure où Sa Majesté le Roi-que Dieu l’assiste– a procédé à une déconstruction systématique du discours obscurantiste véhiculé par les fanatiques religieux ‘’en mettant en garde contre les amalgames et les raccourcis qui cherchent à identifier le terrorisme à une religion ou encore à une ethnie en particulier, chose que cherchent exactement les terroristes pour mieux semer la division et la sédition’’.
- La Rabita Mohammedia des Oulémas : L’Ingénierie du Contre-Discours
La Rabita Mohammedia des Oulémas est l’un des piliers fondamentaux de la restructuration du champ religieux lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu le protège-. Créée par Dahir royal du 14 février 2006, et sous la direction de son Secrétaire Général, le Dr Ahmed Abbadi, elle fait office de « Think Tank » ou de laboratoire d’idées dédié à la promotion d’un Islam ouvert, tolérant et en phase avec les enjeux du XXIe siècle.
Contrairement au Conseil Supérieur des Oulémas qui gère l’aspect institutionnel et les fatwas, la Rabita se concentre sur la recherche scientifique, la production intellectuelle et la communication numérique. En pratique, cette institution intervient pour « désarmer » les esprits. Son rôle est de transformer le langage religieux complexe en outils pédagogiques. Elle s’attaque aux concepts dévoyés (Jihad, Takfir) pour les vider de leur charge violente et les réintégrer dans une lecture humaniste.
La Rabita est particulièrement célèbre pour sa capacité à investir le champ du digital à travers la création de Plateformes numériques et le lancement de plusieurs portails web spécialisés dans la déconstruction du discours de haine. La Rabita est également l’un des partenaires clés du programme de dé-radicalisation en prison (Programme Mossalaha) apportant l’expertise théologique nécessaire pour dialoguer avec les détenus.
La déconstruction du concept de Jihad est l’un des chantiers les plus audacieux et les plus aboutis de la Rabita Mohammedia des Oulémas. Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI- que Dieu l’assiste- ce programme vise à retirer aux groupes extrémistes leur principal outil de recrutement en démontrant que leur interprétation est théologiquement erronée et historiquement infondée. Les experts de la Rabita démontrent que les versets invoqués par les radicaux concernent des contextes de guerre précis au VIIe siècle et ne peuvent être extraits de leur cadre historique pour être appliqués de manière universelle et intemporelle.
En 2018, la Rabita a annoncé la présentation d’une série de cahiers scientifiques sur la déconstruction du discours extrémiste. Cette série scientifique analyse plusieurs concepts à caractère religieux déformés par les partisans de l’extrémisme et du terrorisme et sur lesquels sont fondés leurs discours de haine et de violence
Outre le Jihad cité précédemment, la collection comprend des analyses approfondies sur :
- Le concept de « Takfir » (L’excommunication) : C’est le socle de la violence. La Rabita démontre que déclarer un musulman « mécréant » est un acte gravissime, soumis à des conditions quasi impossibles à réunir, contrairement à l’usage abusif qu’en font les radicaux pour justifier le meurtre.
- Le concept de « Al-Hakimiyya » (La souveraineté de Dieu) : Utilisé pour rejeter les lois civiles et la démocratie. La Rabita explique que la souveraineté divine n’est pas incompatible avec l’organisation législative des hommes et le respect des institutions nationales.
- Le concept de « Al-Khilafa » (Le Califat) : Le programme déconstruit l’utopie d’un État global unique, en rappelant que l’Islam reconnaît la légitimité des États-nations et la diversité des modèles de gouvernance selon les époques.
- Le concept de « Al-Wala’ wa al-Bara’ » (L’alliance et la désaveu) : Les extrémistes s’en servent pour prôner la haine des non-musulmans. La Rabita rétablit le sens authentique : une préférence spirituelle qui n’interdit en rien la bienveillance, le commerce et la citoyenneté partagée avec les autres confessions.
La Rabita Mohammedia des Oulémas a compris très tôt que l’extrémisme n’est pas qu’un problème de dogme, mais aussi un phénomène de psychologie comportementale. Pour dé-radicaliser ou prévenir l’embrigadement, elle utilise des outils cliniques et cognitifs afin d’agir sur les émotions et les mécanismes mentaux des individus en travaillant sur :
- Premièrement la pensée binaire : Les radicaux voient le monde en « Noir ou Blanc » (Croyants vs Mécréants). La Rabita utilise la psychologie cognitive pour réintroduire la nuance et la complexité dans la réflexion des jeunes.
- Deuxièmement le sentiment d’héroïsme : L’extrémisme offre souvent une identité de « sauveur » à des jeunes en perte de repères. La Rabita propose des alternatives de valorisation de soi à travers l’engagement civique et la réussite personnelle.
Force est de reconnaitre que la Rabita Mohammedia des Oulémas est devenue une référence mondiale. Elle collabore étroitement avec des organisations internationales (ONU, UNESCO, Union Européenne) pour partager l’expertise marocaine en matière de prévention de l’extrémisme violent (PVE), former des chercheurs et des acteurs religieux étrangers et publier des ouvrages de référence traduits en plusieurs langues.
- L’administration pénitentiaire : le génie du programme « Moussalaha »
Placée sous la direction de Monsieur Mohamed Salah Tamek, la Délégation Générale à l’Administration Pénitentiaire et à la Réinsertion (DGAPR), est le maître d’œuvre opérationnel du programme « Moussalaha »(Réconciliation). Son rôle est crucial car elle transforme l’espace carcéral, traditionnellement lieu de punition, en un espace de transformation humaine. Lancé en 2017, ce programme se distingue par le fait qu’il ne traite pas le détenu uniquement comme une menace sécuritaire, mais comme un sujet à réhabiliter par le dialogue et la raison.
S’exprimant à l’occasion de la 18e édition du programme “Moussalaha” clôturées le vendredi 26 décembre 2025 à la prison locale de Salé, , le président du Centre Moussalaha, Monsieur Ahmed Abbadi, a indiqué que la poursuite de la mise en œuvre du programme Moussalaha s’explique par le succès de l’ensemble des éditions précédentes et par l’atteinte des objectifs escomptés, notant que 13 détenues ont bénéficié du programme, dans le cadre d’une approche sensible au genre, et ont toutes été libérées. Notons que Le nombre total des bénéficiaires depuis le lancement du programme en 2017 a atteint ainsi 436 détenus poursuivis dans des affaires liées au terrorisme.
- La création d’un cadre sécurisé et propice au dialogue
La DGAPR assure la logistique et la sécurité nécessaires pour que des intervenants extérieurs (Oulémas de la Rabita, psychologues, experts juridiques) puissent interagir avec les détenus. Ces derniers sont identifiés par l’administration parmi les personnes ayant manifesté une volonté de révision idéologique. Le programme repose sur le volontariat, ce qui est la clé de son succès psychologique. Les participants sont regroupés dans des sessions collectives dans le but de briser l’isolement carcéral qui nourrit souvent la radicalisation.
- Un programme structuré
Le programme est structuré autour d’un parcours de réconciliation en trois dimensions :
D’abord la dimension théologique concernant la réconciliation avec le texte religieux : il s’agit de la phase de « désarmement intellectuel » au cours de laquelle les Oulémas confrontent les détenus à leurs propres contradictions liées à une interprétation erroné et décontextualisée des versets utilisés pour justifier le recours à la violence.
Ensuite la dimension juridique relative à la réconciliation avec la Société afin de réintégrer le détenu dans le tissu social national et l’adapter au respect des règles constitutionnelles, légales et réglementaires et en le sensibilisant aux principes des droits de l’homme et au respect de l’autre.
Enfin La dimension psychologique qui se rapporte à la réconciliation avec Soi surtout que l’extrémisme est souvent le produit d’une rupture identitaire. Ce volet, encadré par des psychologues, travaille sur l’Estime de soi afin de sortir du narcissisme de « l’héroïsme terroriste » pour retrouver une dignité de citoyen, de même que sur l’intelligence émotionnelle visant à apprendre à gérer la frustration et la colère sans recours à la violence.
- Une préparation pour une « Réinsertion Socio-économique »
L’administration pénitentiaire veille à la préparation de l’après-prison pour éviter que les détenus ne soient victimes de la précarité post-carcérale qui demeure le premier facteur de la récidive. Ainsi, la DGAPR offre aux participants des formations certifiantes (artisanat, informatique, agriculture) au sein même des établissements, de même qu’un appui au micro-projet : en partenariat avec la Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des Détenus, elle aide les lauréats du programme à obtenir des financements pour créer leur propre activité à leur sortie.
Grâce à la rigueur de la DGAPR, le modèle marocain de dé-radicalisation en prison a gagné une reconnaissance et une sollicitation internationales ; Plusieurs pays (européens et africains) sollicitent l’expertise de la DGAPR pour former leurs propres personnels pénitentiaires à la gestion des détenus radicalisés. La Délégation a également développé des partenariats stratégiques à travers la collaboration avec le Bureau des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour standardiser les méthodes de réinsertion.
- Synergie institutionnelle
La réussite du programme repose sur une synergie entre des institutions aux rôles complémentaires à savoir :
* La DGAPR (Administration Pénitentiaire) qui assure le pilotage logistique, la sélection des candidats (sur la base du volontariat) et le suivi comportemental en cellule.
* La Rabita Mohammedia des Oulémas qui fournit l’expertise théologique. Ses savants déconstruisent les concepts de Jihad, de Takfir et de Califat directement avec les détenus.
* Le CNDH (Conseil National des Droits de l’Homme) qui garantit que le processus respecte la dignité humaine et sensibilise les détenus aux valeurs universelles et citoyennes.
Et * La DGST qui procède à l’évaluation de la sincérité du repenti et le niveau de risque résiduel.
- Un bilan positif :
En 2026, le bilan du programme Moussalaha est souvent cité en exemple à l’ONU, d’abord à cause taux de récidive qui reste proche de 0% pour les lauréats du programme ; Et ensuite parce que Le programme sert de pont pour la Grace Royale et de passerelle vers la réinsertion. Les détenus qui font preuve d’un réel changement de mentalité sont souvent proposés pour une Grâce Royale lors des fêtes nationales.
L’impact majeur de ce programme est d’avoir contribué à transformer la prison d’un lieu de « stockage des radicaux » en un lieu de « reformatage intellectuel », empêchant ainsi les prisons de devenir des centres de recrutement. Ce dispositif ne se contente pas d’une approche sécuritaire, mais opère une véritable « chirurgie idéologique » en milieu carcéral.
« Moussalaha » est la preuve que la force de la raison, lorsqu’elle est portée par une autorité légitime (Amir Al-Mouminine), est l’arme la plus efficace contre le radicalisme.
- La Direction Générale de la Surveillance du Territoire : l’expertise sécuritaire au service de la réconciliation
La participation de la Direction Générale de la Surveillance du Territoire (DGST) est l’un des maillons les plus stratégiques et les plus délicats du programme de dé-radicalisation. Au moment où la DGAPR gère le quotidien en prison, et où la Rabita s’occupe du contenu religieux, la DGST intervient sur le plan de l’expertise sécuritaire, de l’évaluation du risque et de l’anticipation.
- L’expertise dans la sélection et le suivi des candidats
La DGST joue un rôle de filtre et de validation lors du lancement de chaque édition du programme Moussalaha par la vérification de la sincérité des candidats. En effet, grâce à ses bases de données et à son suivi des réseaux terroristes, la DGST aide à évaluer si la demande de « réconciliation » d’un détenu est authentique ou s’il s’agit d’une stratégie de dissimulation (Taqiya).
Ces services de sécurité procèdent également à l’évaluation du degré de dangerosité du détenu dont le parcours est minutieusement étudié (rôle dans l’organisation, niveau d’endoctrinement, liens internationaux) pour adapter le niveau d’encadrement durant le programme.
Dans le cadre de la dé-radicalisation, la DGST n’agit pas seulement par la force, mais par l’intelligence notamment par l’identification des signaux faibles, en ce sens qu’ elle collabore avec la DGAPR pour identifier les leaders d’opinion radicaux qui tentent d’empêcher les autres détenus d’adhérer au programme de dé-radicalisation ; Ainsi que par la neutralisation de l’influence dans la mesure où elle aide à isoler les éléments les plus endurcis pour protéger ceux qui sont dans un processus de repentir.
- La contribution à la formation civique et Juridique.
Lors des sessions du programme Moussalaha, des cadres de la DGST ou des experts en sécurité interviennent parfois pour clarifier le cadre légal et expliquer les mécanismes de la loi antiterroriste ainsi que les conséquences juridiques de la récidive, renforçant la réconciliation des détenus avec la loi, en leur faisant comprendre les menaces que leurs actes faisaient peser sur la Nation.
- Vigilance et suivi post-carcéral
Une fois les détenus libérés, souvent par grâce Royale après avoir complété le programme, la DGST assure un système de veille, discret et rigoureux, pour prévenir les risques de récidive et protéger l’environnement familial des bénéficiaires contre les influences extrémistes. Elle assure par là même un accompagnement indirect garantissant que l’environnement de l’ancien détenu reste sain pour protéger l’investissement humain et financier réalisé durant le programme de dé-radicalisation.
L’implication de la DGST donne au programme Moussalaha sa crédibilité sécuritaire. Elle garantit que le programme ne reste pas une simple démarche intellectuelle, mais un processus sécurisé et durable. Cette coordination entre « renseignement » et « rééducation » est citée comme la clé de la stabilité exceptionnelle du Maroc face au terrorisme.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
- Discours de la Révolution du Roi et du Peuple (20 août 2016) : Le texte de référence sur la déconstruction du « Djihad » et l’appel à la diaspora.
- Discours de Casablanca (30 avril 2004) : Discours fondateur sur la restructuration du champ religieux et la réforme du Conseil Supérieur des Oulémas. www.barlamane.com 14.01.2016
- Rachid Ringa « Le combat du Maroc contre le terrorisme » Digi Editions, 2006
- Déclaration de Mr Bert Koenders, ministre néerlandais des affaires étrangères
www.maroc.ma Mercredi 21 septembre 2016
- Mohammed Jelmad « Le Commandeur des Croyants : Visions renouvelées et perspectives prometteuses » ; Publications Oulemag ; 2023.
- Maroc Diplomatique. 26 décembre 2018
- OULEMAG. Magazine du dialogue interreligieux et culturel. 26 DECEMBRE 2025
- Abbadi, Ahmed. La déconstruction du discours extrémiste. Éditions de la Rabita Mohammedia des Oulémas. (Série de livrets thématiques).
- DGAPR (Administration Pénitentiaire) : Rapport annuel sur le programme Moussalaha. (Données sur la dé-radicalisation et la réinsertion).
- Fondation Mohammed VI pour la Réinsertion des Détenus : Rapports d’activité sur l’accompagnement post-carcéral.
- Arrabita.ma : Portail de la Rabita Mohammedia des Oulémas (accès aux études sur la déconstruction du jihad et au contenu digital).
Mohammed Jelmad, Docteur en Droit



