Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi (24)
Le monde musulman a connu des expériences révolutionnaires avant et pendant la phase de déconolisation. Il vit en ce moment même la révolution palestinienne et il suffit de penser qu’elle a plusieurs têtes dont une se nomme Habache pour comprendre que nous ne possédons pas encore des moyens de contrôle nous mettant à l’abri des erreurs de jugement dans ce domaine.
XIII – IDÉES ET PROCESSUS RÉVOLUTIONNAIRE
Quand une société n’en peut plus, la révolution c’est pour elle le détonateur le plus indiqué pour mettre le feu aux poudres qui met en mouvement le volant de son destin.
Mais est-ce tout de mettre en route les forces ainsi libérées?
L’histoire des révolutions dans le monde montre combien leur sort est précaire et aléatoire aprés leur déclenchement.
Le monde musulman a connu des expériences révolutionnaires avant et pendant la phase de déconolisation. Il vit en ce moment même la révolution palestinienne et il suffit de penser qu’elle a plusieurs têtes dont une se nomme Habache pour comprendre que nous ne possédons pas encore des moyens de contrôle nous mettant à l’abri des erreurs de jugement dans ce domaine.
Le phénomène révolutionnaire n’a pas encore été plié à une science normative mettant son processus sous contrôle précis.
On doit bien à la pensée marxiste, surtout avec sa maturité à Pékin, une méthode d’analyse qui permet jusqu’à un certain point ce contrôle à postériori. En somme pour constater des erreurs et y remédier aprés coup, non pour les prévenir par un système d’alerte mettant en accent le dispositif, de défense immédiatement.
Marx a analaysé les erreurs de la Commune de Paris pour qu’elles ne se répètent pas dans d’autres processus révolutionnaires. Quand elles se répètaient sous d’autres formes on n’a que la ressource de l’opération à chaud qu’on nommera Révolution Culturelle.
Cependant, dans aucun pays musulman, même dit révolutionnaire, on n’a ouvert encore un tel débat, comme si les choses allaient pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Alors qu’il arrive, dans plus d’un pays musulman de se retrouver, après une révolution, dans la situation antérieure peut être aggraveée.
On peut même se retrouver avec une idéologie en laquelle les héros tombés ne reconnaîtraient pas les idées pour lesquelles ils sont tombés.
Comme si pendant la révolution, son volant et ses idées s’étaient mis à tourner à l’envers, à partir d’un certain moment.
Ce qui est encore anormal dans ces situations c’est qu’elles se développent jusqu’à la fin de la révolution sans qu’apparemment on s’aperçoive du renversement de vapeur.
Ce qui est encore plus anormal, c’est qu’en commençant à s’en rendre compte, après la révolution, il y ait des sages qui croient liquider ces situations par extinction, en disant qu’il faut les laisser se tasser.
Je me demande comment ces pragmatiques envisagent-ils l’extinction, le tassement du fait G. Habache dans la révolution palestinienne, alors qu’il est évident, dès à présent, qu’il ne se tassera pas avant de lui avoir arraché l’âme.
Ces situations révolutionnaires anormales demeurent des problèmes posés. Et il ne semble pas que la technique marxiste classique puisse les résoudre.
Marx, s’il avait à analyser ces situations le ferait en s’appuyant sur la logique d’une dialectique dont tous les éléments font partie d’un même univers culturel, le sien.
Alors que dans les pays colonisés ou ex-colonisés ces situations sont le produit complexe d’une dialectique au sein d’un univers culturel originel et entre celui-ci et un autre univers culturel, celui du colonialisme. Comme entre un induit et un inducteur, il est des phénomènes d’induction.
D’autre part, la pensée de Marx s’est forméée dans un climat où l’idée marche toute seule, sans se servir de béquilles.
Alors qu’en général, elle s’appuie sur la chose ou la personne pour établir sa validité dans une société musulmane au stade post-almohadien.
Les situations révolutionnaires anormales du temps de Marx,et dans son milieu, étaient simples en ce sens que l’idée révolutionnaire avait à faire front à des idées de ce milieu, de son propre univers culturel.
L’analyse dans ce cas peut avoir facilement prise sur des erreurs directement surgies de cet univers qui est son propre inducteur d’idées.
Alors que dans la société post-almohadienne, nous avons à faire à des erreurs » induites » provenant d’un autre univers culturel servant d’inducteur.
G. Habache dans le processus révolutionnaire palestinien et Abbane Ramdhane dans le processus Algérien ne sont pas deuxerreurs inhérentes à ces processus, mais des erreurs introduites de l’extérieur: des erreurs induites.
C’est cela l’aspect spécifique de nos »déviations révolutionnaires ». Expliquant ce qu’il appelle les cinq conditions d’une Révolution J. Revel écrit: »Une révolution ne se fait pas dans l’improvisation ( … ) le véritable esprit révolutionnaire suit la méthode de l’invention préparée( … ) ou suit la méthode de l’invention préparée où l’application est toujours rigoureuse, techniquement compétente et jamais approximative ••(l).
Dans les pays musulmans, un processus révolutionnaire peut naître dès le premier jour sous forme de contre-révolution déguisée, déclenchée à point pour occuper les positions stratégiques avant qu’une révolution authentique ne les occupe (2).
A suivre



