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Maryam, un principe spirituel universel au cœur de la réflexion d’Ahmed Senouni

La deuxième journée des rencontres organisées par Dar Al Hadith Al Hassania, en partenariat avec l’Institut Al Mowafaqa, s’est tenue le 9 avril 2026 à Rabat autour du thème : « Marie, figure de foi pour aujourd’hui ».

Accueillie à l’Institut Al Mowafaqa, cette rencontre a mis en lumière la portée contemporaine de la figure de Marie, présentée comme une source d’inspiration spirituelle pour les croyants face aux défis du monde actuel.

Les travaux ont alterné entre interventions académiques et ateliers participatifs. Dans ce cadre, le conférencier Ahmed Senouni, directeur adjoint chargé de la recherche scientifique et des partenariats (EDHH,  a proposé une lecture approfondie de la figure de Maryam à partir de la tradition musulmane, en structurant son propos autour de plusieurs axes.

Il a d’abord distingué deux visions fondamentales de l’existence : une vision religieuse, fondée sur la croyance en un Créateur et en une finalité de l’existence humaine, et une vision matérialiste ou du hasard, qui considère l’existence comme dépourvue de sens intrinsèque.

Poursuivant son analyse, l’intervenant a évoqué les défis contemporains de la foi, marqués par ce qu’il a qualifié de « chosification de l’homme », caractérisée par le relativisme des valeurs et les mutations sociales. Selon lui, ces évolutions ne remettent pas en cause l’existence d’un Créateur ni la finalité de l’univers.

Il a également mis en évidence la double épreuve à laquelle est confronté le croyant : celle des doutes, liés à la compréhension du sens des épreuves, et celle des convoitises, où les intérêts personnels peuvent entrer en tension avec les convictions religieuses.

Dans cette perspective, trois piliers essentiels ont été mis en avant : la connaissance de Dieu, le rappel (dhikr) et l’importance des modèles spirituels.

Développant cette idée, le conférencier a souligné que les prophètes, malgré leur élection, demeurent profondément humains, partageant les réalités de la vie quotidienne. Cette humanité constitue le fondement même de leur exemplarité.

Il a également évoqué le rang des « véridiques » (siddiqin), caractérisés par une foi sincère et une cohérence entre convictions, paroles et actes.

Une attention particulière a été accordée à la figure de Marie (Maryam), présentée comme une personnalité d’exception dans la tradition musulmane. Seule femme nommée dans le Coran et honorée par une sourate entière, elle est décrite comme élue « au-dessus des femmes des mondes ».

S’appuyant sur des références classiques, notamment Al-Ghazali, il a rappelé l’idée d’une « triple élection » de Marie : celle de son corps, de son âme et de son secret intérieur.

Dans une lecture soufie inspirée d’Ibn Arabi, Marie apparaît comme le symbole de la réceptivité pure au divin. Deux enseignements majeurs se dégagent de son parcours : la nécessité d’agir malgré la dépendance à Dieu, et l’absence de contradiction entre élévation spirituelle et expérience de la souffrance.

Sa solitude, notamment lors des moments décisifs de son existence, a été interprétée comme l’expression d’une relation intime et directe avec Dieu.

Le débat théologique autour de son statut — prophétesse ou sainte — a également été évoqué, certains penseurs, comme Ibn Arabi, plaidant en faveur de sa prophétie en raison de la révélation directe qu’elle a reçue.

Au-delà de ces débats, Maryam apparaît comme un pont entre les traditions religieuses, incarnant une figure de convergence spirituelle entre islam et christianisme.

Enfin, la réflexion s’est élargie à des questions contemporaines, notamment l’équilibre entre effort humain et don divin, la notion de soumission à Dieu et la place de la femme dans le discours religieux. Le récit coranique de Marie a ainsi été présenté comme un hommage profond à la femme, invitant à dépasser les lectures réductrices issues de contextes culturels.

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