Commanderie des croyants

LA COMMANDERIE DES CROYANTS: GARANTE DE L’UNITE CONFESSIONNELLE ET REMPART CONTRE L’EXTREMISME

La Commanderie des croyants, pilier de la « paix spirituelle »

L’allégeance au Souverain revêt une signification canonico-religieuse (shar‘î) inscrite dans l’histoire du Maroc. Il constitue l’une des caractéristiques les plus marquantes de l’identité nationale. De là que, placé sous les auspices de cette institution, le discours des prédicateurs officiels a l’assurance d’atteindre son but. En effet, la Commanderie des croyants (imârat al-mu’minîn), fut instaurée sur la base d’une allégeance qui associait le droit divin aux droits de la parenté, en parfaite conformité avec le Coran:

« Hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés à partir d’un seul être, et de cet être tira son conjoint, et de leur union fit proliférer tant d’êtres humains, hommes et femmes !. Craignez Dieu au nom de Qui vous vous implorez mutuellement assistance ! Respectez comme il se doit les liens du sang les uns les autres et craignez de rompre les liens sacrés du sang. Le Seigneur a l’œil constamment sur vous(Cor. IV (al-Nisâ’), 1).

Le jour où Mawlây Idrîs Ier épousa Kanza, une Berbère amazigh, alors que l’édification de la société marocaine n’était pas encore achevée, l’allégeance religieuse qui lui fut conférée signifiait que le droit divin s’unissait au droit du sang, et que l’acte de naissance de « famille nationale » était posé de manière irréversible. Nous touchons ici à l’une des spécificités religieuses les plus fines de la société marocaine. Depuis cette date et jusqu’à l’actuelle dynastie alaouite, le royaume a poursuivi son évolution historique, dans le plus grand respect pour la référence fondamentalement (marja‘iyya) religieuse du pouvoir politique du pays: la conception unitaire précitée -acte de foi et principe dynastique -que traduit la formule de « Commanderie des croyants ». Celle-ci ne cessa, avec le temps, de gagner en force et en profondeur, et ses effets n’en furent que plus étendus et plus manifestes.

A l’heure où, dans le monde, quantité d’institutions politiques ont connu, avant ou après l’effondrement du bloc communiste, un bouleversement sans précédent, avec les conséquences que l’on sait, et qui restent sensibles aujourd’hui encore, y compris dans bon nombre de pays arabo-musulmans, le Maroc -Dieu soit loué -est demeuré parfaitement stable.
C’est qu’il a su préserver sa paix spirituelle (amn rûhî), grâce à la nature de son régime politique, insérée dans un cadre religieux tolérant qui repose sur le pacte d’allégeance de la nation. Ce dernier n’est certes, en réalité, qu’un lien du cœur envers une personne, donc situé sur un plan affectif (wijdânî), puisque le sentiment religieux, comme nous l’avons expliqué, relève de la piété. Mais il assure ainsi une communication entre le croyant et son Seigneur, et c’est là la garantie la plus sûre et la plus essentielle pour la stabilité du Maroc. Le fidèle exerce ainsi son culte dans le respect du droit que Dieu se réserve au niveau politique, à savoir exiger l’observance du pacte d’allégeance et sa défense par tous les moyens. C’est ce principe de référence (marja‘iyya) qui a développé, chez le peuple marocain, un instinct de résistance inébranlable, qu’il dévoila victorieusement à l‘heure de la colonisation.

La Commanderie des croyants, par la garantie qu’elle lui offre d’exercer ses droits religieux, permet au citoyen de connaître la paix (amn) spirituelle et d’exprimer les élans de sa foi. Les mosquées marocaines, fleuron d’une architecture traditionnelle et authentique, lancent leur appel cinq fois par jour à la prière, et annoncent, à tous les fidèles sans exception, qu’ils jouissent d’une paix inébranlable. Ainsi, parce les minarets proclament que leur foi est placée sous la protection du Commandeur des croyants, quiétude et sérénité (al-sakîna) habitent les cœurs.

De ce fait, il importe que l’imam et le prédicateur, dans l’exercice de leur mission indissolublement religieuse et nationale, gardent constamment à l’esprit cette vérité profonde. Bien plus, celle-ci devrait constituer la base essentielle de leur discours, sans parler des autres éléments caractéristiques.

La fidélité au pacte d’allégeance, parce qu’il est un droit de Dieu, doit être constamment présente à la conscience de l’imam et du sermonnaire, appelés de par leur fonction à se substituer à l’imâmat suprême. En conséquence, ils doivent s’employer à unir les cœurs autour d’eux et rappeler le devoir de soumission à l’imam suprême, comme le stipulent expressément les versets coraniques et les hadiths du Prophète.

Il en résulte que les directives édictées par le Commandeur des croyants concernant les affaires religieuses et nationales doivent être une référence constante pour ces deux fonctions, afin d’assurer une communication permanente entre l’imam suprême et sa communauté. Sur le plan pratique, celle-ci s’établit avec le ministère des Habous et des Affaires islamiques, le Conseil supérieur des Ouléma et les conseils locaux des Ouléma à l’échelon national. Elle est de nature à ajuster le discours religieux qui vise la réforme, le catéchisme et la direction religieuse du citoyen, comme à préserver ce dernier de tout faux-pas, de toute défaillance, de toute contestation du dogme ou des valeurs immuables (al-thawâbit) de la nation.

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